La croissance fulgurante des populations urbaines en Afrique met en lumière un déficit considérable en matière d'aménagement et d'infrastructures adaptées. Face à cette réalité, plusieurs entreprises marocaines orientent leurs investissements vers les grandes villes du continent, cherchant à répondre aux besoins pressants en logements, en réseaux de transport et en services essentiels. Dans un entretien accordé à CNBC Africa, Taoufik Aboudia, directeur général d'Emerging Business Factory, a analysé les enjeux et les perspectives qu'offre ce marché en pleine expansion. Le Maroc s'impose aujourd'hui comme un acteur de premier plan dans le développement économique du continent. En 2021, les investissements directs étrangers (IDE) marocains en Afrique subsaharienne se sont multipliés par huit depuis 2014. Cette expansion, portée par une diversification sectorielle et un renforcement des liens économiques avec les Etats du sud du Sahara, s'inscrit dans une vision stratégique définie par Rabat et appuyée par des institutions telles que la Société financière internationale (SFI) et le ministère marocain de l'économie. L'empreinte marocaine en Afrique se manifeste à travers une présence marquée dans des secteurs clés tels que la banque, les télécommunications, l'énergie, l'agroalimentaire, la santé et les infrastructures. En tant que premier investisseur maghrébin en Afrique subsaharienne, Rabat a injecté des fonds considérables dans des économies phares comme le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Gabon et la République démocratique du Congo (RDC). La SFI a par ailleurs joué un rôle déterminant dans l'essor de ces projets, ayant financé à hauteur de deux milliards de dollars des démarches marocaines sur le continent depuis 2005. Au-delà des flux d'investissement, le Maroc s'appuie sur de vastes projets d'infrastructures pour asseoir son positionnement de carrefour économique entre l'Europe et l'Afrique. Le port de Dakhla Atlantique, actuellement en construction, doit faciliter les échanges commerciaux avec l'Afrique de l'Ouest et renforcer la compétitivité des entreprises marocaines à l'international. Dans le même esprit, l'autoroute Tiznit-Dakhla entend désenclaver les provinces du Sud tout en consolidant les liaisons avec les partenaires africains. La signature de l'accord portant sur la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) offre également au Maroc un accès privilégié à un marché de 1,3 milliard de consommateurs, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives d'échanges et d'implantations. Cette expansion économique, reconnue sur la scène internationale, place le Maroc parmi les destinations les plus attractives du continent. Le rapport «Where to Invest in Africa 2024» de la Rand Merchant Bank (RMB) salue notamment la stabilité politique du Royaume et la modernité de ses infrastructures. Toutefois, des défis persistent, notamment en matière d'inclusion sociale et de réduction des inégalités régionales, des enjeux soulignés par la RMB et le ministère marocain de l'économie. Guidée par les orientations chérifiennes, cette politique d'investissement s'est accompagnée d'une intense activité diplomatique, illustrée par plus de cinquante visites officielles effectuées par le souverain dans une trentaine de pays africains depuis 1999. Le volet de l'innovation n'est pas en reste, avec l'émergence de jeunes entreprises marocaines primées pour leurs contributions au développement du continent.