Le Maroc déjoue plus de 73 000 tentatives de migration irrégulière en 2025    Maroc-Mexique : Une coopération économique renforcée, sous le signe du dialogue et de l'investissement    Yango Ride renforce son engagement auprès des chauffeurs partenaires avec l'initiative mondiale "Yango Cares"    Tourisme : Accor et Risma annoncent deux projets majeurs au Maroc    Amendes routières : le ministère de la Justice met en garde contre un site frauduleux    Sociétés cotées : La masse bénéficiaire atteint un cap historique, 50 MMDH    Maroc–France : Forissier renforce la coopération bilatérale    Maroc : Un premier trimestre 2026 exceptionnel confirme l'attractivité de la destination    Iran: l'armée dit avoir touché un second avion de combat américain, qui s'est abîmé dans le Golfe    Hervé Renard confirme sa présence au Mondial avec l'Arabie saoudite et tacle ses détracteurs    Gennaro Gattuso quitte la sélection italienne après l'échec de la qualification au Mondial    CAN 2025 : Achraf Hakimi évoque le sacre du Maroc dans une ambiance détendue    CSO 4* de la Garde Royale: Le cavalier Ghali Boukaa remporte le Prix SAR le Prince Héritier Moulay El Hassan    Lions de l'Atlas : les leçons d'une trêve et les défis du Mondial    Maroc : les compléments minceur sur les réseaux sociaux, un business risqué pour la santé    Le temps qu'il fera ce samedi 4 avril 2026    Les températures attendues ce samedi 4 avril 2026    Al Akhawayn University remporte la Future Leaders Challenge 2026 et forme les leaders du tourisme de demain    Rabat: La FM6SS inaugure son Hub de médecine de précision    Fulbright TGC 2026: Des enseignants américains en séjour d'immersion au Maroc    Bayer Pharmaceuticals présente sa nouvelle stratégie de croissance    Marrakech : le théâtre universitaire fait sa rentrée des consciences    Art.ibat : la Cité internationale des arts ouvre ses portes aux artistes marocains    Orchestre symphonique du Maroc : un concert pour l'éternité    Real Madrid : Brahim Diaz sort d'une période difficile selon Arbeloa    Le PSV Eindhoven accélère pour sécuriser Anass Salah-Eddine    Monaco : Yanis Benchaouch vers un départ, plusieurs clubs à l'affût    Cinq stations monoblocs finalisées à Sidi Rahal, Mohammedia, Deroua et Sidi Hajjaj    Vente de masters : 4 ans de prison ferme pour Ahmed Klich    ABA Technology dévoile Fusion AI au Maroc    Bourse de Casablanca : ouverture dans le vert    Vote israélien sur les prisonniers palestiniens : les avocats du Maroc dénoncent une "légalisation de l'exécution"    Sahara : le Royaume-Uni réaffirme son soutien au plan d'autonomie    Canada : lancement de l'appel à projets du Fonds d'initiatives locales au Maroc    Conseil des ministres arabes de l'Intérieur : le Maroc réaffirme son soutien aux pays arabes    Tchad : Mahamat Idriss Déby Itno forme un gouvernement    Détroit d'Ormuz : l'Iran met en garde le CS de l'ONU contre toute "action provocatrice"    Mode au Bénin : 5 créateurs qui redéfinissent le luxe    Les Etats-Unis projettent un centre de formation aux drones au Maroc pour les opérateurs africains    Sahara : La révision du mandat de la MINURSO sur l'agenda du Conseil de sécurité en avril    Maroc : Bob Maghrib revient sur scène tambour battant    Jidar : Le Rabat Street Art Festival fête 11 ans de dialogues urbains    Conseil de paix et de sécurité de l'UA : le Maroc, de la réintégration à l'influence durable    Le Comité R relativise le constat français sur les Frères musulmans en Belgique    Londres. L'urgence de rouvrir le détroit d'Ormuz    Conseil des ministres de l'Intérieur arabes: Le Maroc réitère son soutien constant aux pays arabes frères face aux agressions iraniennes    Musique : Sylent Nqo en duo inédit avec Mann Friday    Quand l'Afrique danse : la Biennale pose ses valises au Sénégal    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Propositions fiscales et sectorielles de la CGEM : un exercice cosmétique sans ambition
Publié dans Barlamane le 17 - 10 - 2024

Les propositions présentées par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) pour le projet de loi de finances 2025 manquent de vision stratégique à long-terme et révèlent une approche trop réductrice face aux défis actuels et trop permissive pour les grandes entreprises.
La montagne a accouché d'une souris : les mesures proposées par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) dans le cadre du projet de loi de finances 2025 sont un exercice cosmétique qui omet les réalités actuelles de l'économie marocaine. Alors que le patronat propose une baisse de l'impôt sur le revenu (IR) pour atteindre 35% d'ici 2027 comme une mesure de stimulation économique, il semble faire abstraction sur ses limites. Une réduction de l'IR sans compensation équivalente dans les recettes fiscales risque de creuser le déficit budgétaire. En 2023, le déficit budgétaire se situait à environ 5,3 % du PIB. Si le gouvernement poursuit une telle politique sans élargir sa base fiscale, il risque d'accentuer sa dépendance aux emprunts internationaux, ce qui lui reproche l'opposition dans ses interventions publiques.
En outre, cette réduction ne bénéficiera pas nécessairement aux classes les plus modestes. Le Maroc a une structure fiscale où l'IR est principalement supporté par la classe moyenne, qui est déjà fragile selon les derniers chiffres du HCP. Un tel allègement pourrait augmenter les inégalités économiques, déjà criardes, si d'autres formes de taxation (comme la TVA, qui est régressive) ne sont pas revues en parallèle. De plus, l'augmentation du plafond d'exonération des indemnités de licenciement à 2 millions de dirhams est une mesure qui profite principalement aux cadres supérieurs et ne concerne qu'une minorité de la population active.
L'Excédent brut d'exploitation (EBE), léger comme une plume
L'EBE est un indicateur utile pour mesurer la performance opérationnelle d'une entreprise, mais il est sensible aux variations conjoncturelles et ne reflète pas toujours la capacité réelle d'une entreprise à payer ses impôts. En effet, des entreprises fortement endettées pourraient avoir un EBE négatif tout en restant bénéficiaires après prise en compte des charges financières, ce qui pourrait les exonérer de manière injustifiée de la taxe professionnelle. De plus, une telle réforme pourrait favoriser les grandes entreprises possédant un levier financier important au détriment des PME.
La CGEM, en revanche, aurait pu proposer une réforme plus juste en établissant l'assiette fiscale sur une combinaison de plusieurs indicateurs financiers, afin de mieux refléter la diversité des secteurs et des structures d'entreprises. En 2021, les PME représentaient 95 % du tissu économique marocain, mais elles sont souvent les plus vulnérables face à des réformes fiscales mal calibrées.
Taxation verte et carbone : sans coup de poing
Si sur le principe, elle est louable dans la forme proposée, dans le fond elle manque absolument d'ambition. La taxation carbone limitée à cinq secteurs en phase de test donne l'impression que le Maroc, pourtant agissant, n'a pas encore pris conscience de l'urgence climatique. En comparaison, l'Union européenne, partenaire stratégique du royaume, a déjà mis en place un SEQE qui couvre plusieurs secteurs industriels depuis plus de quinze ans. Limiter l'expérimentation à cinq secteurs ne permettra pas d'en tirer des conclusions clairement représentatives, surtout dans un contexte où le Maroc s'est engagé à réduire de 45,5 % ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030.
De plus, la proposition semble plus focalisée sur la réduction des coûts fiscaux pour les entreprises que sur l'environnement. En n'augmentant pas les taxes globales pour les entreprises polluantes et en les substituant à d'autres taxes (comme la TIC), cette mesure pourrait être perçue comme une simple manœuvre pour éviter une véritable transition écologique.
Neutralité fiscale des restructurations des groupes : le contrecoup est réel
Pour la CGEM, cette mesure vise à favoriser la réorganisation des groupes, mais elle présente un risque réel d'infractions fiscales. En permettant aux entreprises d'apporter des actifs à leur valeur comptable, il existe une occasion de sous-évaluation des actifs, ce qui peut réduire artificiellement les impôts à payer. Une telle pratique pourrait encourager les entreprises peu éthiques à manipuler leur comptabilité pour réduire leur charge fiscale. Une étude de l'OCDE a montré que les multinationales utilisent souvent ces mécanismes pour réduire leur imposition, ce qui pourrait aggraver l'érosion de la base fiscale du Maroc.
Quant à IS, TVA et douanes, si la simplification administrative est toujours saluée, certaines de ces propositions favorisent clairement les grandes entreprises. L'augmentation du seuil de déductibilité des véhicules de tourisme est un exemple frappant. Une telle mesure profitera principalement aux grandes entreprises qui achètent des véhicules haut de gamme pour leurs cadres, plutôt qu'aux PME. Dans un contexte où le Maroc s'efforce de promouvoir une fiscalité plus équitable, cette mesure apparaît comme une concession inutile aux intérêts du patronat. La révision du champ d'application de la TVA sans détail précis soulève des questions sur l'impact potentiel pour les consommateurs. La TVA représente environ 30% des recettes fiscales du Maroc, mais elle est notoirement régressive. Toute modification qui augmenterait son champ d'application risquerait de pénaliser encore davantage les ménages les plus modestes.
Développement des start-up
La mesure proposée par le CGEM pourrait être positive pour encourager l'innovation, mais elle demeure largement symbolique. La création d'un véritable écosystème favorable aux start-up nécessite plus que des encouragements fiscaux. D'autres pays ont démontré que l'accompagnement technologique, l'accès au financement, et des infrastructures de recherche et développement (R&D) solides sont des éléments cruciaux. Le Maroc consacre seulement 0,8% de son PIB à la R&D, loin des 2-3% observés dans les pays développés, ce qui montre que des réformes plus profondes sont nécessaires.
Si les propositions de la CGEM sont en grande partie destinées à alléger la fiscalité pour les entreprises, en particulier les grandes, sans véritable contrepartie en termes d'équité sociale ou de retombée environnementale. Elles reflètent une vision à court-terme qui met en avant la compétitivité des entreprises sur des considérations de justice fiscale, d'inclusion économique et de durabilité. Dans un contexte où le Maroc doit faire face à des défis majeurs, tels que le chômage, les inégalités croissantes et la transition écologique, ces mesures semblent largement insuffisantes. Le gouvernement, lui, cherche à élargir la base fiscale et à aligner ses politiques économiques avec ses engagements climatiques, sans démontrer une volonté sérieuse pour cela.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.