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Quelques aspects de l'espace dans «Ni fleurs ni couronnes» de Souad Bahéchar
Publié dans Albayane le 11 - 08 - 2011

Dans les analyses fournies par Gaston Bachelard, l'espace familial, celui de la maison plus précisément, est un espace pourvoyeur de sérénité et de confort psychologiques. Or, l'espace, tel qu'il se donne à lire dans «Ni Fleurs ni Couronnes» de Souad Bahéchar, est en porte-à-faux par rapport à la représentation bachelardienne. En effet, l'espace où évolue Chouhayra, personnage principal, est on ne peut plus source de malheur et de souffrance. Rejetée, elle n'a presque jamais vécu au sein de la maison familiale.
Chose qui explique pourquoi aucune description de cet espace n'est donnée par Chouhayra qui n'en garde, en réalité, aucun souvenir.
Elle n'a presque jamais habité cette maison d'où elle a été évincée, dès sa naissance, par ses parents. Lesquels sont traumatisés par la naissance de Chouhayra. En effet, son père, indigné, refuse de voir la troisième fille «que l'accoucheuse avait tenté en vain de lui mettre dans les bras» (p. 20) puisqu'il attend «l'héritier qui allait racheter ses humiliations passées» (p. 20).La maman adopte le même comportement et fait preuve de tyrannie dépassant celle du père.
Cette haine est imputable à la frustration de ne pas avoir d'enfants mâles. La mère de Chouhayra qui, après la naissance successive de ses trois filles, se sent naturellement menacée par l'arrivée d'une deuxième épouse. Elle pousse sa cruauté à l'extrême quand elle «retirait son sein à l'enfant pour ne plus la nourrir que de lait de brebis» (p. 2»). Une telle attitude prouve à quel point Chouhayra est une enfant indésirable, obligée de passer la journée dans l'étable.
Elle n'intègre la demeure parentale que la nuit: «Au retour des mâles [bêtes] qui auraient pu écraser son petit corps, on venait la chercher pour la coucher dans un berceau étroit, au fond de la chambre où dormaient ses parents» (, p. 24). C'est la seule et rare phrase, dans le récit, qui relate le contact qu'avait Chouhayra avec l'espace clos du foyer. C'est parce que le manque de cet espace dans sa vie l'a négativement travaillée, tout au long de son parcours tourmenté, elle cherche à se saisir d'un espace fermé dans lequel «elle pouvait se permettre de faire souche et même de fixer le temps en l'habillant d'objets» (p. 165).
Toutefois, son enfance vécue à l'extérieur de la maison renferme des éléments positifs et euphoriques. Ni Fleurs ni couronnes comporte huit parties et chacune débute par l'arrivée du personnage dans un espace et se termine par son départ vers un autre.
En outre, c'est l'apparition d'un autre personnage dans la vie de Chouhayra qui marque le changement ou le débrayage spatial.
Le texte se veut une suite de départs et de rencontres renvoyant aux différentes étapes de la vie de la jeune femme. C'est dire qu'à mesure que l'espace se construit dans le texte, la fillette grandit et sa personnalité évolue et se confirme davantage. L'espace devient un élément indispensable à la narration :
Chouhayra chemine du clos à l'ouvert. Le lecteur la suit dans son errance dans une série d'espaces correspondant respectivement à ses départs et ses arrivées, avant de revenir avec elle dans son studio. Bref, c'est qu'elle est née fille que la famille la prive de l'espace de la maison. Elle est contrainte de chercher d'autres lieux de substitution en vue de compenser cette privation.
Chouhayra après avoir vécu l'expérience de l'étable, «s'établit dans un trou creusé en haut de la meule» (p. 28), en face de la maison d'où elle a été «chassée» quelques années auparavant pour ne jamais y revenir. Chouhayra a douloureusement vécu la perte de la maison natale. Laquelle est un topo, relevant de l'intimité, offre non seulement un sentiment de sécurité et de protection mais aussi de stabilité et de confiance. Dépossédée de cet espace, Chouhayra est en butte à la marginalisation, voire à une mort physique. Les espaces choisis attestent que Chouhayra a un propension pour les lieux fermés et réduits.
En effet, elle passait, bébé, la nuit dans un berceau étroit .
En désertant l'étable et la maison, elle se met dans un trou. Lequel devient son abri auquel elle tient «comme le sont l'oiseau à son nid, le chien à sa niche» (p. 29).
C'est dans la meule qu'elle se resserre et se blottit comme un animal se réfugiant dans un terrier. Cette même attitude est manifeste aussi quand Chouhayra s'installe dans son nouvel appartement : «elle courait se blottir dans le lit, elle fourrait sa tête sous l'oreiller» (p. 166).C'est dire que même dans des espaces immenses, Chouhayra continue inlassablement à chercher des endroits réduits, car pourvoyeurs d'intimité et du bien-être.
En habitant dans la villa d'Andréa, elle se sentait protégée du monde extérieur et pouvait s'adonner à des rêveries douces et réconfortantes.
C'est un lieu de solitude par excellence. C'est la maison qui va préparer sa confrontation avec le monde extérieur : «La chrysalide vivait son hibernation. Elle se préparait tout naturellement à sortir de son cocon pour découvrir s'il lui avait poussé des ailes. Si elle pouvait voler haut et loin, dans l'éclat de son épanouissement» (p.1).
La sortie de Chouhayra de cette villa correspond au début de ses errances dans d'autres espaces, considérés comme protecteurs et nourriciers.
Il s'agit de la forêt, de la mer et du désert. Bahéchar renverse l'idée selon laquelle la maison est le lieu privilégié de l'intimité et de la sécurité. La forêt évoque l'idée de croissance chez la jeune adolescente, le désert connote sa maturité.
La mer et la forêt remplissent pour Chouhayra la fonction aussi bien de la mère que celle de la maison natale qui lui assurent soin, nourriture et protection. Ce sont des espaces de substitution pour la jeune femme «ni vraiment humaine, ni tout à fait animale» ( p. 27).
Des espaces dans lesquels elle a grandi et s'est développée sans crainte: «La pinède était son abri le plus sûr» (p. 26) et «la mer [était sa] protectrice» (p. 50). L'espace du désert acquiert toute son importance dans le parcours de Chouhayra.
C'est dans cet espace qu'elle se débarrasse de la phobie du voyage, qu'elle vit un réel scénario initiatique, qu'elle prend conscience de son être, qu'elle rompt avec ce passé douloureux qui la taraude, qu'elle renaît revigorée, forte et responsable. L'espace sudique est source d'intimité, d'euphorie et de vérité.
La multiplication des espaces dans Ni fleurs ni couronnes montre, à bien des égards, que le roman retrace le parcours d'une femme, Chouhayra, en quête de soi-même, d'un ailleurs prometteur .Tous les espaces, clos ou ouverts, tendent à remplacer l'espace de la maison familiale hostile à la présence de Chouhayra.
La poétique de l'espace dans ce roman de Souad Bahéchar participe d'une nouvelle manière de traiter de la condition féminine dans une société où les valeurs patriarcales sont encore écrasantes.
* Universitaire Dhar Mehraz Fès


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