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La croissance «capitaliste» au Maroc (suite)
Publié dans Albayane le 11 - 05 - 2020

Al Bayane publie le livre de feu Abdel Aziz Belal, éd. SMER, 1980.
«Développement et facteurs non-économiques»
La conception officielle de l'industrialisation se place dans le cadre d'une croissance de type capitaliste, entraînée par la demande solvable préexistante externe et interne, basée sur la logique du profit du capital. Dans ce cas, ce qu'on appelle industrialisation n'est rien d'autre qu'une série d'opérations ponctuelles réalisées dans certaines branches telles que : première transformation de minerais, industries de substitution à des importations de biens de consommation, industries de sous-traitance, quelques industries employant beaucoup de main-d'œuvre tournées vers l'exportation (confection, bonneterie etc. …).
L'allure générale des forces productives reste toujours déformée et façonnée par les besoins du marché capitaliste mondial et la stratégie du capital international (firmes transnationales). Même lorsque l'Etat intervient directement dans la croissance industrielle par un secteur public important, celui-ci est en fait indirectement soumis à la logique de l'accumulation du capital privé, étranger et local. La restructuration de l'économie nationale et l'intégration des différents secteurs demeurent, dans les faits, un vœu pieux ; il y a simplement reproduction à un niveau quantitatif supérieur de la formation sociale dominée et dépendante.
Dans l'agriculture, si l'on excepte le projet de Réforme Agraire inscrit dans le premier Plan Quinquennal (1960-1964) et qui ne fut jamais appliqué, la politique agraire, surtout en matière de distributions de terres, n'est pas allée très loin jusqu'ici.
D'après certaines statistiques, le nombre de foyers paysans ayant moins de 4 ha s'élèverait à un million et demi de foyers, et celui des foyers sans terre à plus d'un demi-million de foyers.
De 1956 jusqu'en 1977 (inclus), le total des distributions aurait porté sur près de 320.000 ha. , soit environ 22.000 bénéficiaires.
Depuis l'Indépendance, la politique en matière de lotissement et de distribution de terres avait connu une grande diversité de formes (lots individuels, lots groupés, jouissance perpétuelle, jouissance conditionnelle, colonat partiaire, location, location-vente, vente sous condition résolutoire).
Cette politique semble être définie de façon plus stable depuis 1966 (textes portant loi de réforme agraire) et de 1969 (Code des Investissements Agricoles). L'Etat organise sa tutelle sur les lots distribués (vente sous condition résolutoire des lots attribués) et met au premier plan le principe de rentabilité économique.
Dans la pratique, il s'agirait plutôt d'une revente à crédit de terres équipées par l'Etat à une certaine fraction de la paysannerie, présentant diverses garanties (notamment la disposition d'un capital d'exploitation suffisant pour mettre en culture le lot afin d'alléger les dépenses financières de l'Etat, l'acceptation d'un cahier de charges et des conditions imposées par les services techniques de l'Administration etc. …).
Il est prévu la création de coopératives de services afin de renforcer la position des attributaires, sur le marché (à l'achat des produits dont ils ont besoin, et à la vente de leur récolte). Mais, malgré la réussite relative de certaines de ces coopératives, beaucoup d'entre elles connaissent un fonctionnement défectueux, à cause d'une insuffisante préparation, d'une tutelle pesante de l'administration, de méfiances non dissipées, de difficultés financières etc. …
La nouvelle couche des attributaires de lots distribués par l'Etat est ainsi »candidate » au renforcement des couches moyennes de la paysannerie marocaine (qui représentent elles-mêmes peut-être 15 à 20 % du total des foyers paysans), mais elle a elle-même de nombreux problèmes dont la solution satisfaisante est loin d'être trouvée, ce qui complique singulièrement la tâche que d'aucuns voudraient lui assigner de « couche-tampon » entre la petite minorité des grands possédants terriens et la grande masse des non-possédants.
Depuis plus de dix ans, la stratégie économique tracée par les responsables marocains a accordé une priorité au développement d'une agriculture de type capitaliste, essentiellement tournée vers les cultures d'exportation, sur la base d'une sorte de pari selon lequel le marché de la CEE absorberait des quantités constamment crois­santes de produits marocains. Mais ce pari se heurte de plus en plus à la politique protectionniste de la CEE5 et aux conséquences qui découleront de son élargissement à d'autres pays méditerranéens (notamment l'Espagne).
D'immenses ressources, surtout d'origine étatique furent investies dans ce but, au point qu'à l'heure actuelle le secteur moderne capitaliste de l'agriculture arrive à produire les 2/3 de la valeur ajoutée agricole sur 20 % seulement de la superficie cultivée, alors que le secteur pseudo-traditionnel produit le 1/3 restant sur 80 % de la superficie.
Simultanément, des produits essentiels pour la consommation nationale ont enregistré des déficits croissants, nécessitant chaque année des importations de plus en plus coûteuses : céréales, produits laitiers, huile, viande, sucre (bien que, pour ce dernier produit, un effort ait été fourni depuis plusieurs années en vue d'accroître sa production).
Les conséquences d'un tel pari sur l'allocation des ressources d'investissement et le profil de la croissance des forces productives dans l'agriculture se révèlent non seulement extrêmement risquées, mais également coûteuses en termes financiers (subventions pour maintenir les prix à la consommation de produits alimentaires de base, lourde hémorragie de devises) et en termes socio-économiques (aggravation des distorsions entre secteur capitaliste et secteur pseudo-traditionnel due notamment à la captation par le premier des ressources en capitaux, en cadres, en techniques modernes etc…).
Où en est l'économie marocaine au terme du Plan (1973-1977) ?
Les cinq années de 1973 à 1977 ont connu officiellement les taux de croissance suivants de la production intérieure brute :
Ainsi, d'une année sur l'autre, la PIB a subi d'amples fluctuations dues principalement aux variations de la production agricole. Le taux de croissance moyen pour les cinq années du Plan (compte tenu d'une mauvaise récolte céréalière en 1977) semble avoir été inférieur à 5 % alors que les prévisions tablaient sur 7,5 % (officiellement, il aurait été de 6,8 %).
Les diffères relatifs à l'investissement global, bien qu'imparfaits, révèlent une hausse relative du taux de formation brute de capital fixe (de la FBCF rapportée à la PIB). Ce taux aurait été en moyenne de 24 % durant les cinq années (1973-1977) alors qu'il n'était que de:
* 11 % au cours du Plan (1960-1964).
* 15.5 % au cours du Plan Triennal (1965-1967).
* 15.7 % pendant le Plan (1968-1972).
Toutefois la signification de ces chiffres doit être tempérée, car non seulement ils sont donnés en brut (amortissements non déduits), mais aussi ce qu'on appelle FBCF est un « fourre-tout » dans lequel on inclut aussi bien les équipements à caractère productif dans l'industrie et l'agriculture que les travaux d'infrastructure (routes, ports etc. …) et les constructions de logements et immeubles de rapport6.
Malgré ces progrès relatifs d'un point de vue quantitatif, rien ne permet de parler de « démarrage » dans le sens de la création des conditions d'un véritable développement national autocentré et autonome:
1- Au niveau des forces productives, on ne constate aucun changement de structure significatif : leur allure déformée est toujours marquée par l'absence d'industries de base, la fragilité de l'agriculture et sa soumission très grande aux aléas climatiques, des déficits croissants de produits alimentaires de base, la reproduction de la même composition' globale de la PIB entre l'année 1973 et l'année 1977, le rôle entraînant dévolu à un secteur à faibles effets multiplicatifs comme le bâtiment et les travaux publics, la grande dépendance par rapport à l'écoulement sur les marchés extérieurs avec toutes ses conséquences etc. …
2 – Les rapports de dépendance (financière, commerciale, technologique) vis-à-vis du monde capitaliste n'ont été ni supprimés, ni .atténués. Par contre, divers indices montrent une plus grande intégration de l'économie nationale au marché capitaliste mondial, c'est-à-dire une plus grande extraversion économique qu'il y a vingt ans. Celle-ci se traduit, par exemple, par des problèmes aigus d'écoulement des produits agricoles et industriels (textiles) sur la CEE, un déficit élevé de la balance commerciale et un alourdissement considérable de l'endettement vis-à-vis de l'extérieur7.
3- Les inégalités entre classes et groupes sociaux se sont aggravées au niveau de la répartition du produit national : non seulement du fait de l'appropriation des moyens de production et d'échange par une minorité .réduite de capitalistes et propriétaires fonciers, mais aussi comme conséquence d'un système fiscal injuste, de la spéculation, de l'inflation etc. … La captation d'une part croissante du surplus économique par une minorité privilégiée alimente davantage l'extension de la consommation de luxe et de la spéculation que l'accumulation de capital dans les secteurs productifs.
4- Au niveau de la « régionalisation » de la croissance économique, on n'enregistre pas de progrès substantiels dans la mesure où les investissements, malgré les encouragements matériels des codes d'investissement, préfèrent les zones de forte concentration (Casablanca-Mohammedia) et où les régions pauvres se vident de leurs éléments jeunes et actifs, ‘ »attirés' » par l'émigration vers l'étranger etc. …
Les retournements de la voie tunisienne
Jusque vers les années 1962-1964, la politique économique de la Tunisie a suivi, dans l'ensemble, un schéma de type libéral. Puis, à partir de cette époque et jusqu'en 1969, une série de réformes furent bases engagées, sous l'impulsion d'Ahmed Ben Salah, tendant à poser les bases d'un développement planifié et dirigé ; lois agraires concernant les Unités Coopération de Production dans le Nord, les Coopératives de service etc. et surtout la loi proclamant le retour au domaine public tunisien de toutes les propriétés détenues par des étrangers en Tunisie (1964). Ces réformes constituaient le point de départ d'une expérience de développement, à base de coopératives ( Consommation, production, services), de contrôles et de monopoles commerciaux para-étatiques, d'interventions publiques dans tous les domaines, y compris la création de grandes unités industrielles dans le cadre de sociétés nationales ou mixtes. Toutefois cette tentatives dynamiser l'économie tunisienne et d'intensifier considérablement l'intervention de l'Etat sur la base d'un programme systématique d'investissement et d'actions à long terme, devait se heurter à d'importante difficultés.
En particulier cette expérience de développement planifié et coopératif sera marquée de plus en plus par un conflit entre les vues des organismes mis en place par les responsables gouvernementaux des finances et de l'économie désireux de concentrer entre leurs mains le maximum de sources de financement et de moyens d'investissement par le biais des structures para-étatiques et l'optique des propriétaires, des entrepreneurs et des spéculateurs privés qui ne voyaient dans un tel dirigisme que ‘'gaspillage'' et ‘'autoritarisme bureaucratique''. La tentative de généraliser8 à tout le secteur agricole les méthodes coopératives déclencha la crise à la fin de 1969.
Demain :
La bourgeoisie marocaine entre la dépendance structurelle et des velléités d'autonomie


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