Les «collecteurs» ou «pêcheurs illicites» ou encore «poulpiers illicites», d'après le jargon employé dans le secteur, font parler d'eux une autre fois. Durant la période de l'arrêt biologique de la capture du poulpe, du 1er octobre au 3O novembre 2010, ils reviennent à la charge et transgressent les lois en vigueur. Et ce, en procédant à des «pêches illicites». C'est un phénomène qui refait toujours surface et sévit durant toute l'année, fait remarquer Kamal Sabri, président de la Chambre des pêches maritimes Atlantique Nord. Ces collecteurs, a-t-il précisé, exploitent une pratique qui est malheureusement encore de mise dans les ports du pays, à savoir «les formules de déclarations sur l'honneur». Ainsi, a-t-il expliqué, ces personnages parviennent à obtenir des papiers attestant la récupération de quantités de poulpes auprès des «pêcheurs de barques». Ces papiers sont par la suite vendus à des usines de transformation qui tournent également hors la loi, a-t-il signalé. Ces usines exploitent cette paperasserie pour utiliser un stock illicite ou acheter des poulpes auprès des pêcheurs illicites qui sévissent d'ailleurs toujours, a-t-il ajouté. Et ceci en violation flagrante du système d'authentification des captures imposé par l'Union européenne depuis le 1er janvier 2010. Selon les dispositions de ce système, l'importateur/acheteur est appelé à vérifier la présence d'un certificat attestant l'origine légale des captures. C'est-à-dire, l'exportateur/acheteur doit avoir un certificat d'origine des captures dûment signé par le capitaine du navire, affirme Kamal Sabri. Alors que dans ce cas de figure, s'interroge-t-il, ces formules de déclarations sur l'honneur qui n'existent d'ailleurs dans aucun pays du monde, ouvre grandement la porte à ces agresseurs des ressources halieutiques du pays. Ces déclarations sur l'honneur délivrées par la barque servent ainsi de «certificat» d'origine des captures. Pour mettre un terme à cette pratique illicite, Kamal Sabri ne demande que l'application pure et simple de la réglementation en vigueur, les plans d'aménagement de la pêche du poulpe, les circuits mis en place dans le cadre du système d'authentification et enfin revoir ces formules de «déclarations sur l'honneur». Et de conclure que la lutte contre la pêche illicite passe inéluctablement par une stricte application de la réglementation maritime. Soulignons, par ailleurs, que le secteur des pêches maritimes a généré l'année dernière un chiffre d'affaires à l'export de plus de 13 milliards de dirhams. Et ce pour un niveau global de captures de 1.017.027 tonnes, soit une hausse de pas moins de 15% en volume et 24% en valeur, selon des statistiques du département de la pêche maritime. En termes de production, la pêche côtière et artisanale a réalisé des captures de 955.190 tonnes et les débarquements de la pêche hauturière ont totalisé 49.729 tonnes. Rappelons que la filière de la pêche participe à hauteur de 2% au PIB, 55% du chiffre d'affaires réalisé par l'agroalimentaire à l'export. Le secteur emploie directement plus de 500.000 personnes et contribue de manière importante au budget de l'Etat et des collectivités locales. Captures des 8 premiers mois : 14.699 tonnes de poulpe Dans le cadre des orientations de la stratégie «Halieutis», mise en place en 2009, le Maroc prévoit, à l'horizon 2020, la réalisation d'un PIB d'environ 21 milliards de dirhams dans le secteur de la pêche. Le secteur de la pêche, qui produit annuellement un million de tonnes de poissons, représente 10 % du volume global des exportations et 2,5% du PNB. Durant le premier trimestre de cette année, le Maroc a exporté des produits de la pêche pour une valeur de 386,6 millions de dirhams, représentant un tonnage de 26.600 tonnes. D'après des statistiques de l'Office national des pêches, durant les huit premiers mois de cette année, il a été procédé à la pêche d'une quantité de poulpe de pas moins de 14.699 tonnes pour une valeur de 542 549,00 dirhams, alors que durant la même période de l'année 2009, la quantité débarquée était de 23 161 tonnes pour une valeur de 688 784,00 dirhams, soit une diminution de -37% en matière de variation de poids et -21% en ce qui concerne la valeur.