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Prise en charge des addictions : Nécessité de démocratiser les soins
Publié dans Albayane le 29 - 01 - 2012

Le présent article a été motivé par le contenu d'un reportage TV (2M) du mercredi 25 Janvier 2012 qui a abordé le problème des addictions, le rôle du service d'addictologie de l'hôpital Arrazi de Salé et pour terminer l'intervention en direct du docteur Jallal Toufiq, directeur de l'Hôpital Arrazi (Salé) et du Centre national de prévention, de traitement et de recherche en addictions.
Qu'est ce que l'addiction ?
Quels sont les substances qui peuvent engendrer une addiction ?
Existent-ils des moyens pour faire face aux addictions ?
Autant de questions que l'on est en droit de se poser, mais dont souvent il est difficile d'apporter des réponses.
Avant d'aborder la problématique de l'addiction, il me semble plus logique, plus sensé de dire un mot sur l'origine de certaines addictions. Il s'agit comme tout un chacun peut le savoir de l'usage des drogues dans notre pays.
Il ne faut pas se voiler la face et dire que cela n'existe pas chez nous ou que c'est là des situations en rapport avec des cas isolés. Non et mille fois non, l'usage de la drogue est un phénomène de société bien encré. De la drogue, il y en a partout.
Celles et ceux qui usent de ces poisons sont parfois des gamins, des adolescents, des jeunes, des moins jeunes, des femmes, des hommes…
C'est d'autant plus poignant, révoltant, injuste et inacceptable quand il s'agit de gamins qui se choutent avec des diluants. Les drogues sont en train de détruire la jeunesse marocaine, ce n'est pas une vue de l'esprit, mais il s'agit bel et bien d'une réalité qui doit être prise très au sérieux, nous sommes tous interpellés, nous sommes tous concernés en tant que parents, société civile, associations, éducateurs, autorités, élus, départements ministériels, gouvernement…
Le problème de la toxicomanie, doit être celui de toute la nation. Nous n'avons pas le droit de baisser les bras, d'être des acteurs passifs face à la déchéance humaine dont sont victimes de jeunes et innocentes créatures victimes de l'enfer de la drogue.
Qu'est-ce que les addictions
En terme médical, une drogue ou n'importe quelle substance, lorsqu'elle est introduite dans un organisme vivant, peut modifier une ou plusieurs de ses fonctions. La drogue peut apporter un soulagement temporaire à certains problèmes de santé ou fournir en permanence à l'organisme une substance nécessaire qu'il ne peut plus produire par lui-même. Certaines drogues produisent des effets secondaires non-désirés. Certaines drogues entraînent une dépendance malsaine qui a des racines autant au niveau physique qu'au niveau comportemental. C'est ce que les spécialistes désignent sous le terme d'addiction.
L'addiction est une notion générale qui englobe celle de la dépendance, mais s'inscrit dans le triptyque (Bio-Socio-Psycho). Tout d'abord biologique, car l'addiction peut être liée au pouvoir de dépendance d'un produit. Ensuite sociologique, parce que le contexte dans lequel se trouve la personne addicte peut contribuer à ses mauvaises motivations. Les aspects psychologiques sont propres à chacun et peuvent relever des traits de caractère conduisant à amorcer et à entretenir son addiction. L'addiction désigne donc la dépendance d'une personne à une substance ou une activité dont il a contracté l'habitude par un usage plus ou moins répété.
Dépendance à quoi?
Les addictions les plus courantes concernent la consommation de substances.
Il y a la consommation occasionnelle et la consommation de dépendance : tabac, alcool, tranquillisants, cannabis, LSD cocaïne, ecstasy, crack, et autres substances illicites,
Tabac, alcool, drogues...
Les addictions les plus répandues concernent la cigarette (nicotine) et l'alcool, avec de nombreux effets nocifs pour la santé du patient, notamment un risque accru de cancer et de maladies cardiovasculaires.
En dehors de ces substances licites, il y a la dépendance aux drogues, que celles-ci soient dites "douces" (cannabis) ou "dures" (héroïne, cocaïne, morphine, amphétamine et dérivés de synthèse). Enfin existent des addictions liées à des activités, et non à des substances, comme par exemple le jeu pathologique ou les achats compulsifs.
Pour la plupart des addictions, les hommes sont plus concernés que les femmes. Elles peuvent survenir à tout moment de l'existence, mais la période de 15 à 25 ans est la plus propice à l'émergence des dépendances. Le comportement à risque des adolescents et des jeunes adultes facilite les premières expériences.
Des conséquences néfastes
Il existe des prédispositions génétiques aux effets de l'usage de substances psychoactives et/ou à la survenue d'une dépendance : tous les individus ne sont pas égaux devant les substances ou les activités addictives.
Le principal symptôme des addictions, toutes classes confondues, est la difficulté éprouvée par le sujet à réfréner ou à maitriser son désir de consommation de la substance incriminée dans son addiction. La prise de substance est généralement quotidienne. Ce comportement provoque par ailleurs une souffrance et est perçu par le sujet comme une erreur, sinon, il s'agirait d'une simple habitude, et non d'un trouble.
Lorsqu'elles ne sont pas soignées, les addictions ont souvent une issue tragique. Celle-ci peut être directement liée à l'usage excessif de la substance (overdose, coma éthylique) ou provoquée par les effets secondaires à long terme (nombreux cancers des buveurs et fumeurs, troubles neurologiques et psychiatriques des consommateurs réguliers de drogue, contamination par le VIH...). La dépendance à certaines activités, ou même à une substance, aboutit à l'isolement, la désocialisation et une paupérisation économique.
Le niveau de dépendance, la nature des types de rapports de dépendance entre le patient et son addiction peuvent être extrêmement variable d'une personne à l'autre. Il est donc nécessaire de faire une évaluation de sa dépendance le plus rapidement possible. Seul le diagnostic médical peut définir le niveau de gravité et proposer les solutions permettant de se libérer de sa ou de ses dépendances. Certains niveaux de dépendance peuvent conduire à la destruction d'une cellule familiale, d'un foyer, d'une vie. Les comportements dangereux pour soi ou pour les autres doivent provoquer une prise de conscience réelle et inciter à prendre le chemin de la liberté contre la dépendance (comportementale où liée à la consommation d'une substance), on comprend dès lors que ce genre de situation peut être très grave.
Education et prévention antidrogue
Au niveau de l'hôpital Arrazi de Salé se trouve le centre national de prévention et de traitement et de recherche en addictions que dirige le professeur Jallal Toufiq, directeur de l'hôpital Arrazi. C'est un centre modèle et il en existe en Afrique seulement 02 qui s'intéressent à l'addictologie.
L'addictologie recherche à définir un cadre commun pour optimiser la prise en charge des patients dépendants : alcoolisme, tabagisme, toxicomanie, jeu pathologique, les cyberdépendants, les achats compulsifs, la dépendance affective mais aussi anorexie, boulimie… On peut donc parler de dépendance psychopathologique qui peuvent conduire à des comportements à risques.
Les objectifs poursuivis
Le sevrage de toutes addictions, la réduction des consommations, le maintien de l'abstinence, La gestion des reconsommations, des rechutes, la prise en charge des troubles des conduites alimentaires, la prévention, éducation des patients et de leur entourage, le soutien aux familles, amis...
Le centre national de prévention et de traitement et de recherche en addictions de centre hospitalier Arrazi de Salé fonctionne sous le mode d'hôpital de jour, c'est un lieu de soins de proximité animé par une équipe soignante pluridisciplinaire (médecin, psychologue, infirmières, aides soignants, assistante sociale). Il a pour but d'aider le patient à maintenir son abstinence, à prévenir la rechute mais aussi de permettre une réinsertion familiale, sociale et professionnelle. L'hôpital de jour favorise la continuité des soins des patients lors de leur sortie de l'unité d'hospitalisation. Il permet également la mise en œuvre de sevrage ambulatoire pour certains patients ayant des obligations familiales, médicales (grossesse) ou professionnelles.
Le soin s'articule autour de séances hebdomadaires de thérapie de groupes et individuelles. Les thérapies de groupe se composent du groupe de parole à thème, du groupe d'information sur les substances psycho-actives ou encore celui d'affirmation de soi. Elles visent à la mise en place de stratégies de modification du comportement avec une approche cognitivo-comportementale. Les thérapies individuelles comprennent les entretiens médicaux, psychologiques, infirmiers mais aussi les séances de kinésithérapie.
L'équipe soignante définit avec le patient un projet thérapeutique individualisé qui sera évalué chaque semaine au cours d'un bilan. Il y a cependant des lits d'hospitalisation (10) qui sont destinés aux malades dont l'état de santé nécessite une hospitalisation et une surveillance en milieu spécialisé.
A l'évidence un tel centre avec celui existant à Casablanca et d'autres qui vont bientôt voir le jour sont de nature à apporter une solution médicale aux nombreuses addictions qui n'étaient pas prises en charge par des spécialistes dûment formés et aguerris à ce genre de problèmes de santé.
Il n'en demeure pas moins vrai que le coût de ces prises en charge qui est de 300 Dirhams / jour, reste hors de portée des citoyens démunis qui se retrouvent exclus d'un droit humain fondamental, celui de pouvoir se faire soigner.
C'est franchement à revoir.


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