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Réforme pédagogique : Enseignement supérieur : Le système LMD bute sur le sureffectif : Abandon, par certaines Facultés, de la semestrialisation et la modulation pour le système ancien
Publié dans L'opinion le 15 - 04 - 2015

Levier central de la réforme du Système de l'Education et de la Formation, la réforme pédagogique a fait l'objet d'une évaluation à partir d'un bilan de la Charte d'Education 2000-2013 réalisé par le Conseil supérieur de l'Education, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) qui note que cette réforme détermine le mode d'organisation des enseignements, les contenus des programmes et les modalités d'apprentissage.
Le CSEFRS rappelle que dans l'objectif d'améliorer la qualité de l'éducation et de la formation, le levier 4 de la Charte a prescrit une réforme pédagogique centrée sur un certain nombre d'orientations, notamment une révision de l'architecture du Système de l'Education et de la Formation ainsi que des approches de l'apprentissage en procédant à :
- La réorganisation des cycles d'éducation et formation en diversifiant les passerelles entre les filières et en renforçant la cohérence d'ensemble du système ;
- La refonte des programmes scolaires en vue de réussir la nouvelle organisation pédagogique et de rehausser la qualité des enseignements ;
-La réforme des manuels scolaires par le recours transparent à la concurrence des développeurs, créateurs et éditeurs ;
- L'adoption de l'approche par compétences en vue de centrer les apprentissages sur le développement des compétences de base ;
- La prise en compte de l'orientation pédagogique et professionnelle en tant que partie intégrante du processus d'éducation et formation.
Par ailleurs, la Charte a préconisé que :
- Les enseignements collégial et secondaire soient intégrés pour constituer un socle éducatif cohérent (le secondaire).
- L'enseignement secondaire comprenne un cycle court, d'un à deux ans, de qualification professionnelle menant vers la vie active, le cycle du tronc commun, d'une année, et le cycle du baccalauréat, de deux ans, avec deux filières principales, à savoir l'enseignement technologique et l'enseignement professionnel.
- L'enseignement supérieur soit composé de deux cycles de cinq semestres chacun ;
- et un cycle de formation doctorale, de 4 à 5 ans, comprenant une année d'études approfondies.
La réorganisation des cycles d'éducation et formation a ciblé les trois sous-systèmes d'éducation et formation à savoir l'Education nationale, la Formation professionnelle et l'Enseignement supérieur.
Restructuration de l'Enseignement Scolaire
L'architecture pédagogique du système scolaire a été refondue et comprend un enseignement préscolaire de deux ans, un enseignement primaire de six ans, un enseignement secondaire composé d'un cycle secondaire collégial et d'un cycle secondaire qualifiant de trois années chacun.
L'enseignement secondaire qualifiant est articulé selon quatre troncs communs déclinés en neuf branches pour la première année du baccalauréat et quatorze filières pour la seconde.
Cette nouvelle organisation pédagogique de l'Enseignement Scolaire se distingue par l'établissement de passerelles entre les troncs communs, la spécialisation progressive au long des troncs communs ainsi que la possibilité de réorientation entre certaines filières.
A l'instar de l'enseignement secondaire qualifiant, le régime semestriel a été étendu aux cycles primaire et collégial, ce qui a permis de doter les trois cycles d'une organisation pédagogique homogène.
La Charte recommandait de formaliser l'enseignement originel pour qu'il devienne partie intégrante de l'organisation pédagogique de l'enseignement public et se fixe pour objectif la conservation et la préservation des valeurs morales de la société marocaine. Ainsi, en plus de son ouverture sur les langues étrangères, les sciences et la civilisation moderne, cet enseignement se focalise sur les disciplines islamiques et la langue arabe.
Architecture de la Formation Professionnelle
La Formation Professionnelle est organisée en quatre niveaux. Le niveau « Spécialisation », d'un à deux ans, est ouvert aux élèves ayant achevé le primaire et aux élèves de première et deuxième années collégiales. Ce niveau débouche sur un certificat de formation professionnelle.
Le niveau « Qualification » est accessible, après concours, aux élèves issus de la troisième année du secondaire collégial, des troncs communs et de la première année du cursus préparant au baccalauréat. Après deux années de formation, ce niveau est sanctionné par un certificat de qualification professionnelle.
Quant au niveau « Technicien », dont la formation s'étale sur deux années, il est ouvert aux élèves de deuxième année du cycle conduisant au baccalauréat ainsi qu'aux titulaires du certificat de qualification professionnelle ; il débouche sur le diplôme de technicien.
Enfin, le niveau « Technicien spécialisé », qui requiert deux années, s'adresse aux bacheliers
et aux titulaires du diplôme de technicien. Ce niveau, sanctionné par le diplôme de technicien, est dispensé dans les établissements, soit à temps plein (formation résidentielle), soit à temps partiel en formation alternée, la moitié (ou les deux tiers) de l'apprentissage devant se faire en milieu de travail, institué ainsi en espace de formation.
Le LMD dans l'Enseignement Supérieur
Pour l'Enseignement Supérieur, la Charte préconise une organisation pédagogique qui permette d'instaurer des troncs communs et des passerelles entre filières et d'asseoir le cursus des étudiants sur l'orientation, l'évaluation et la réorientation.
Elle facilite également une harmonisation et une simplification de la multitude actuelle d'instituts, de cycles et de diplômes dans le cadre d'un système universitaire intégré offrant des options aussi variées que l'exige la dynamique d'une spécialisation scientifique et professionnelle.
La nouvelle organisation des études mise en œuvre à l'université comprend trois cycles : la Licence, le Master et le Doctorat (LMD ), préparés respectivement en six, quatre et six semestres de 16 semaines d'études chacun. Ce système a été mis en place de façon progressive depuis l'année 2003-2004. Cette réforme a concerné les établissements à accès ouvert dans un premier temps, puis les établissements à accès régulé et les facultés de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire. Les programmes d'études doivent être conçus sous forme de modules et de filières, ce qui permet, en principe, d'adapter l'offre de formation à l'évolution des besoins de l'économie et de la société à travers l'évaluation et l'accréditation continue des filières sur la base des Cahiers des Normes Pédagogiques Nationales (CNPN).
Le système modulaire visait une organisation optimale des études et à offrir la possibilité de passerelles ainsi que la mobilité inter- et intra-établissements, et ce, aussi bien au niveau national qu'au niveau international. Ce système modulaire devait évoluer vers un système de crédits pour qu'il soit conforme aux standards internationaux et garantir une meilleure visibilité des formations des universités marocaines.
Le système LMD a également permis de diversifier les formations. Ainsi, le nombre de filières accréditées dans l'enseignement universitaire a été multiplié par 8 en 10 ans, s'élevant en 2013/2014 à 2209 filières, dont la moitié pour les Sciences et Techniques, un quart pour les Lettres et Sciences Humaines et un quart pour les Sciences Juridiques, Economiques et Sociales. En outre, le nombre de filières professionnelles a été multiplié par 20, passant de 65 en 2005-2006 à 1 264 en 2013-2014 (38).
La mise en place des licences professionnelles est de nature à offrir, entre autres, des possibilités d'accès à l'enseignement universitaire aux étudiants des classes préparatoires aux grandes écoles et des classes de brevets de technicien supérieur ainsi qu'aux titulaires du diplôme de technicien spécialisé.
Dans le but d'unifier les différents instituts de l'Enseignement Supérieur, les Ecoles Normales Supérieures ont été rattachées aux universités, ce qui a favorisé la mise en place de nouvelles filières éducatives.
Limites de la nouvelle organisation pédagogique
A l'analyse, il s'avère que cette nouvelle organisation pédagogique présente plusieurs limites :
- En l'absence d'une stratégie nationale visant la généralisation du préscolaire, la nouvelle architecture du système scolaire n'établit pas d'articulation formelle entre l'éducation préscolaire et le cycle primaire alors qu'elle avait été préconisée par la Charte.
- L'organisation de l'enseignement secondaire qualifiant diffère substantiellement du modèle proposé par la Charte, consistant à instaurer un seul tronc commun et deux passerelles.
- Le cycle court de qualification professionnelle du secondaire qualifiant, recommandé par la Charte, était déjà mis en place par le département de la Formation professionnelle.
- A l'exception des lauréats de certains établissements de la formation professionnelle qui peuvent intégrer certaines écoles d'ingénieurs, la majorité des diplômés de cette filière ne peut pas poursuivre d'études universitaires parce que le Département de l'Enseignement Supérieur ne reconnaît pas d'équivalence académique aux diplômes délivrés par la formation professionnelle.
- Même si les classes de brevet de technicien supérieur répondent partiellement aux attentes des bacheliers de l'enseignement technique, ces derniers n'avaient pas la possibilité de poursuivre leurs formations supérieures après l'obtention dudit brevet.
- La non création d'un tronc commun professionnel et partant, d'un baccalauréat professionnel, et à défaut d'un système d'évaluation reconnu par le Département de l'Education Nationale, il est quasiment impossible de réintégrer l'Enseignement Scolaire sur la base d'un diplôme de la formation professionnelle.
- Malgré les efforts de formalisation de l'enseignement originel, les effectifs continuent de régresser, passant de 16.951 en 2003/2004 à 14 978 élèves en 2013/2014 à raison de 47% au primaire, 8% au collégial et 45% au secondaire qualifiant.
- La réforme LMD est totalement différente de l'organisation pédagogique préconisée par la Charte : il semble que les responsables ont voulu aligner l'enseignement supérieur national sur le modèle qui prévaut dans l'espace européen et ce afin de faciliter la mobilité des étudiants et d'harmoniser les diplômes avec les standards internationaux.
- Dans les établissements à accès ouvert, les proportions des étudiants dans les filières professionnelles n'ont pas atteint les objectifs fixés par le Programme d'urgence, à savoir 25% des inscrits en Licence professionnelle et 50% en Master spécialisé. Selon le bilan d'étape 2011, seuls 17% des nouveaux étudiants ont été inscrits dans les filières professionnelles, dont 37% en sciences et techniques. Pour le Master, 36% des nouveaux étudiants se sont inscrits en Master spécialisé la même année. En plus, ces filières ont été accréditées en l'absence d'un observatoire national d'adéquation entre l'enseignement supérieur et l'environnement socio-économique, fixant les besoins du marché du travail.
- A défaut de généraliser le système LMD , il est difficile d'établir une articulation cohérente permettant des passerelles entre l'enseignement universitaire et non universitaire.
- Même si la réforme LMD présente des aspects positifs en termes de rénovation et de professionnalisation des filières, elle s'est heurtée à la réalité des établissements à accès non régulé, caractérisés par le sureffectif des étudiants. En effet, la capacité d'accueil s'est dégradée en passant de 100 étudiants par place en 2000- 2001 à 145 en 2012-2013 : durant les cinq dernières années, une seule place pédagogique a été créée pour 10 nouveaux étudiants.
- Alors que la réforme appelait des enseignements en petits groupes et des travaux pratiques et dirigés, constat a été fait d'une insuffisance générale des ressources humaines et matérielles dans toutes les filières et d'un déficit d'équipements pédagogiques et didactiques adéquats, notamment dans les filières professionnelles.
- Aussi, faut-il souligner le faible rendement interne de la Licence, qui ne permet pas d'acheminer des effectifs consistants vers le Master et le Doctorat. En 2012/2013, près de 88% des étudiants sont inscrits en Licence, 6% en Master et 6% en Doctorat.
Enfin, le rattachement des Ecoles Normales Supérieures aux universités n'a pas pour autant clarifié leurs missions car ce sont les Centres Régionaux de Formation aux Métiers d'Education et de Formation, relevant du Ministère de l'Education Nationale, qui dispensent la formation initiale aux nouvelles recrues : les diplômés des filières universitaires éducatives sont contraints, à l'instar des diplômés des autres filières, de réussir les concours d'entrée à ces centres de formation avant de pouvoir intégrer le corps enseignant.
La mise en oeuvre de la réforme pédagogique préconisée par la Charte a connu plusieurs dispositions qui se sont concrétisées par la réorganisation des cycles d'éducation et de formation, aux niveaux de l'enseignement scolaire, la formation professionnel et l'enseignement supérieur, par la refonte des programmes et des manuels scolaires, ainsi que par l'adoption de l'approche par compétence et l'introduction des TIC dans les enseignements.
Il demeure que cette réforme pédagogique n'a pas atteint pleinement les objectifs assignés par la Charte. Ceci s'explique par des raisons soulignées dans ce chapitre mais qu'on pourrait résumer en trois, considérées comme les plus importantes :
- Le processus et les étapes de la mise en application d'une réforme pédagogique ne sont pas toujours clairement bien définis. Il en résulte que l'on n'accorde pas suffisamment de temps à la mise en place de la réforme sur le terrain, son expérimentation, son évaluation et par la suite sa généralisation.
- La mise en application du dispositif pédagogique, telle que l'approche par compétence, n'est pas toujours associée à un dispositif d'accompagnement des enseignants pour pouvoir comprendre l'approche, s'y familiariser et se l'approprier. A défaut de ce dispositif, la tendance est souvent d'abandonner ce qui est nouveau pour maintenir ce qui est ancien.
- La réforme pédagogique du système LMD dans les universités s'est heurtée aux contraintes matérielles du système non régulé : sureffectif des étudiants et faible taux d'encadrement.
Ce qui a amené certaines Facultés à abandonner la semestrialisation et la modulation au profit d'un retour au système ancien.


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