Le parcours de Si Ahizoune mériterait d'être exemplaire. Voilà un homme a qui tout semble réussir dans le monde des finances et de la gestion économique, les gazettes et chroniques n'avaient pas de mots assez élogieux pour qualifier son action. Il est riche, influent et donc courtisé. Les adversaires, c'est-à-dire ceux que la réussite des autres énerve, n'osent pas l'affronter au grand jour. L'homme coule des jours heureux entre le Maroc et l'Europe où ses fonctions l'appellent souvent. En l'an 2000, les responsables de la commission provisoire qui géraient l'athlétisme se félicitaient de l'avoir comme soutien et ami. En 2003, aux championnats du monde à Paris, Ahizoune est au Stade de France assistant aux exploits d'El Guerrouj, Bidouane et Gharib, le marathonien qui dans la capitale française allait frapper les esprits et s'installer en tête de la hiérarchie de la course la plus dure du monde. C'est tout naturellement qu'Ahizoune en 2007 fut installé à la tête de la FRMA car cet expert de la finance doublé d'un passionné du sport semblait tout indiqué pour inaugurer la nouvelle gouvernance sportive où les technocrates vont peu-à-peu supplanter les barons de la chose sportive. C'est plein d'enthousiasme et assuré qu'il allait propulser l'athlétisme vers les plus hauts sommets qu'Ahizoune mit ses pieds dans les pointes des pistes. Mais très vite, il dût déchanter quand il découvrit la face cachée du clair de lune. Si en athlétisme il y a des champions et des cadres aptes à les former et les encadrer, le domaine regorge aussi d'un tas de refoulés, d'aigris, écrasés d'incompétence mais qui jalousant la réussite des autres, passent leur temps à calomnier et dénigrer. Et comme dans cette dernière décennie, les titres de presse ont plus poussé que les champignons (ou la khoubiza) après la pluie, les éructations des malfaisants s'imprimaient noir sur blanc et se diffusaient partout. Au lieu d'un éden où étaient censées fleurir les médailles et les consécrations, Ahizoune se retrouva dans un champ de mines où même les commandos les plus aguerris courraient de gros risques d'explosion. Ahizoune reçut de plein fouet les déceptions des championnats du monde et plus encore celles des J.O. de Pékin avec son lot de dopés. Il dut avaler aussi la couleuvre née de l'engagement et du retrait de Saïd Aouita qui, en outre, a choisi d'assigner la FRMA en justice et réclame une somme mirobolante pour dommages et intérêts. Ahizoune a dû faire face aussi à une brouille plus ou moins déclarée avec Hicham El Guerrouj qui, lui, aussi a choisi les tribunaux, non pas contre Ahizoune, mais contre un journaliste qui est au sein de la commission de la communication de la FRMA. Espérons que tout cela s'arrangera très vite. Dans cette tempête, le président de la FRMA garde le cap, et ça c'est la bonne nouvelle du jour, puisqu'Ahizoune loin de céder à la panique ou à un quelconque désespoir, a choisi de s'ancrer à l'essentiel à savoir la prospection et la formation en recadrant tous ceux qui s'étaient empressés de (mal) le conseiller. En homme d'expérience, connaissant les méandres de la vie, qui n'est pas, comme chacun sait, un long fleuve tranquille, Ahizoune a doté la fédération d'un appareil administratif qui garantit une gestion modèle. Cette rigueur devra accoucher, tôt ou tard de la plate-forme technique d'où jaillira la nouvelle génération de champions. L'athlétisme marocain a toujours généré des bons coureurs et il n'y a aucune raison que cela s'arrête même si aujourd'hui tout est plus difficile, car la société marocaine a changé. On renâcle à la difficulté et on recherche la facilité, c'est ce qui explique cette avalanche de jeunes athlètes, inconscients en diable qui se shootent, sans réfléchir aux conséquences ni sur leur santé, ni sur le renom du pays. Ahizoune, lui, observe et agit, il prend les mesures adéquates et connaissant mieux le microcome sportif, il évite de faire trop de tapage. Récemment, le CNOM l'a accueilli (voir ci-contre). Rencontre riche et qui a conforté les choix des uns et des autres. L'athlétisme se reconstruit. Et cette œuvre n'est pas pour effrayer le président de la FRMA même s'il espérait glaner plus vite médailles et beaux chronos, comme en 2003 dans la capitale française. Mais ne dit-on pas que Paris ne s'est pas fait en un jour ?