Diplomatie : Une feuille de route pour assurer le soutien de la Somalie à la marocanité du Sahara    Le rappeur Pause Flow reste en détention à Sefrou faute de paiement de la caution    Amérique du Sud : L'Algérie et le Polisario se répartissent les missions    Nayef Aguerd revient sur le terrain après sa guérison d'une blessure    SAR la Princesse Lalla Meryem préside à Rabat la cérémonie d'inauguration du « Bazar solidaire » de bienfaisance du Cercle diplomatique    El ministro español de Agricultura critica a los opositores del acuerdo agrícola Marruecos-UE    Nayef Aguerd regresa al campo tras recuperarse de una lesión    Argelia y el Polisario intensifican esfuerzos diplomáticos en Sudamérica    LDC: Deuxième succès de la RSB, in extrémis et renversant à la fois    François Lounceny Fall, ancien Premier ministre de la Guinée : "le partenariat avec le Maroc est appelé à se renforcer"    LDC : Les FAR tenues en échec après un match intensément disputé et une première période aboutie    CCAF : Deuxième succès d'affilée pour le Wydad    Réseaux sociaux : Avec l'arrestation de Soukaina Benjelloun, la traque des influenceurs se poursuit    Cinéma : Coup d'envoi en grande pompe du Festival de Marrakech    Initiative Royale Atlantique. Le Maroc trace la nouvelle géopolitique du continent    Le Maroc organise à Athènes le 1er Symposium international méditerranéen « Atlas »    Ministère public : Annulation de 70.948 avis de recherche émis à fin octobre 2025    Le FIFM 2025 rend hommage à l'icône égyptienne Hussein Fahmy    Le FIFM célèbre 50 ans de carrière d'Hussein Fahmi lors d'une ouverture grandiose    France : l'Assemblée nationale unanime contre l'accord UE-Mercosur    Paiements électroniques : la fin d'une ère monopolistique, l'aube d'un nouvel écosystème monétique    Bjijou: Grâce à la Vision éclairée de SM le Roi, le Maroc a engagé une réforme ambitieuse pour anticiper les crises sanitaires et renforcer la gouvernance du système de santé    Rabat: l'Ambassade du Gabon organise une rencontre artistique    Réélection du Maroc à la Vice-Présidence du Programme Hydrologique Intergouvernemental (PHI) de l'UNESCO    Trump annonce une politique d'immigration stricte après la mort d'un soldat américain    SM le Roi félicite le Président mauritanien à l'occasion de la fête nationale de son pays    Ouverture d'une nouvelle agence clientèle de la SRM Casablanca-Settat en milieu rural dans la province de Benslimane    Rougeole: Les décès en baisse de 88 % depuis 2000, mais les cas explosent    Le photographe marocain Hicham Benohoud remporte le prix du PhotoBook de l'année    L'Humeur : « Stand up », franche rigolade sans humour    Examens rassurants pour Sofyan Amrabat après son violent choc jeudi avec Isco    Le souffle de l'Atlas dans une édition exceptionnelle au-delà de la mode, au cœur de l'identité et de la mémoire — Caftan Week, 26e édition : quand les montagnes deviennent couture, identité et beauté    Football : Al Omrane devient sponsor officiel des équipes nationales    Nayef Aguerd de retour à la compétition samedi face à Toulouse    Médias : Rabat désignée capitale arabe de l'information pour 2026    AIF Market Days 2025: Plus de 15,2 milliards de dollars d'intérêts d'investissement    La Somalie réitère son soutien à l'intégrité territoriale du Maroc et salue l'adoption de la résolution 2797    Elections: Deux projets de loi adopté en commission à la Chambre des représentants    Assurances : Les primes progressent de 7,2% à fin septembre    ADM annonce la mise en service de la nouvelle autoroute Tit Mellil-Berrechid    ONCF : un CA global prévisionnel de plus de 5 MMDH en 2025    Vladimir Poutine attendu en Inde pour une visite d'Etat les 4 et 5 décembre    Le Maroc et L'Espagne tiennent la prochaine session de la Réunion de Haut Niveau les 3 et 4 décembre à Madrid    S.A. la Princesse Lalla Zineb préside l'Assemblée Générale de La Ligue Marocaine pour la Protection de l'Enfance    CAN Maroc 2025 : le Maroc s'illustre aussi au sifflet    Fusillade à Washington: le FBI enquête sur un éventuel acte terroriste    ECOFEST : le Sénégal lance la première édition    Akhannouch préside une réunion de haut niveau avec les représentants du GAFIMOAN    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Interview – La Transe Poétique by Aziz Sahmaoui
Publié dans L'observateur du Maroc le 21 - 02 - 2019

Lorsqu'un Gnaoui blanc entremêle poétiquement les styles pour rendre hommage à la littérature africaine orale, cela donne Poetic Trance. Une œuvre universaliste résolument groovy qui fleure bon l'Afrique mélodieuse et poétique et dessine le pont jeté vers l'Occident.
Produit par Martin Meissonnier, le 3e album de Aziz Sahmaoui et de son University of Gnaoua, interprété sur fond de grondement du gembri, est un mix parfait entre musiques gnawa, musiques d'Afrique de l'Ouest, rock, jazz et blues. Une belle invitation à la transe euphorisante qui exhibe le génie rythmique des Afriques en dessus et en dessous du Sahara.
L'Observateur du Maroc et d'Afrique : Votre 3e album Poetic Transe est un mix divin de Poésie et de Transe?
AzIz SAhMAOUI : Transe, parce qu'il y a cette transe dans notre musique, dans nos codes africains, dans nos pays : le Maroc,leSénégal,l'Algérie,leMali,ce noyau qui fait l'University of Gnaoua. Je lui apporte une richesse rythmique, musicale, linguistique…chaque musicien s'exprime dans son langage, on chante en arabe, en tamazight, en Wolof, en Bambara,… L'album est en même temps poétique parce qu'on a veillé à soigner l'image, le texte, les métaphores. On retrouve cette poésie dans les cordes, l'harmonie : dans notre culture, on connait tous cette « Jedba », cette transe qui nous fait danser et oublier notre entourage et qui aide à exprimer sa souffrance et sa douleur.
Cette transe « hal », est une expression de mal être dans une société qui nous rend parfois malade ! On la trouve aussi dans ces arrangements calmes et tranquilles de certains morceaux comme : « la peur » ou d'autres balades comme « Absence ». On a souvent tendance à associer la transeàJedbaetàlaviolence,alors
qu'il y a d'autres façons d'être en transe, qu'on retrouve par exemple dans nos chœurs d'Ahouach ou Houwara. Cette forme de transe calme apaise et me fait énormément de bien, du coup, j'essaie de la partager avec les autres. Elle se trouve aussi dans le fait d'associer plusieurs sons et de voler dans cet espace harmonieux, embrasser d'autres cieux et découvrir un monde parallèle au nôtre. La transe surprend, elle ne prévient jamais. Elle introduit à l'invisible, à l'au-delà. Elle est en quelque sorte liée au groove qui libère l'âme tourmentée.
Ça a un effet thérapeutique tout comme la musique gnaoua?
Oui, c'est la magie de la musique qui dure. On a toujours besoin de ce souffle divin qui s'installe dans notre oreille et nous fait voyager, qui apaise nos cœurs.
C'est un album plus mature avec un son plus abouti ?
Les albums précédents ont plu alors on a continué ! On reflète un peu ce qui nous entoure, et en tant qu'artistes, notre rôle est de suivre ce feeling et rester vrais, clairs et traduire tout cela sous forme de poésie, d'images avec des métaphores qui touchent l'autre. Parce que finalement,
on vit la même chose, et bien qu'on soit différents, nous sommes UN, nous consommons les mêmes produits, parlons le même langage, …nous sommes les mêmes !
La musique fédère toutes les cultures, le langage des émotions est universel finalement?
Oui, c'est vrai, un chanteur flamenco peut nous toucher même si on ne comprend pascequ'ildit!Unson,unjeuouune danse peut nous bouleverser…ça apaise la difficulté, adoucit l'amertume de la vie et rapproche les gens, c'est cela la magie du tambour, de la musique ! Dans le morceau « La Peur », je parle d'un mal contemporain, cette peur de l'autre nous empêche d'aspirer à des lendemains meilleurs. C'est pour cela qu'on veut rassembler les gens autour des sons des tambours et partager avec eux cette joie de vivre qui nous anime tous.
« Janna Ifrikia, Janna Maghribiya» est un hymne au Maroc et à l'Afrique. Croyez-vous vraiment au pouvoir du métissage?
Oui, tout à fait. Ce métissage est peut-être la solution pour une paix future, c'est notre africanité à tous. Mon album appelle au pardon et à la réconciliation. Il faut partager, donner pour élargir notre cercle de pouvoir. Je suis ravi que ces échanges culturels me permettent d'atteindre
un équilibre musical et humain entre l'Afrique et l'Europe.
C'est un album groovy très métissé qui mélange musiques gnawa, musiques d'Afrique de l'Ouest, rock, jazz et blues. Est-ce que c'était voulu?
Ce mélange est naturel. On crée des mélodies, des arrangements et on joue tout simplement ! On fait des concerts tout au long de l'année, un peu partout, on aime la scène, c'est une passion en nous
et ce groove est important, parce que sans groove, il n'y a rien. Dans notre culture, tout le monde est groover !
Que représente le gembri pour vous?
C'est une forme de tambour mélodique avec une technique extraordinaire, un son qui nous repose et qui nous fait traverser l'invisible. Sa « Tsserssira » nous emporte et adoucit l'amertume et la dureté de notre vie. C'est un instrument magique qui a une histoire doublement séculaire qui est amené à se développer. D'ailleurs, l'art
des Gnaouas est une culture qui s'ouvre sur le monde, actuellement, beaucoup
de musiciens étrangers s'intéressent àTagnaouite, ils la prennent, la développent ou la mélangent à d'autre styles et le rendu est juste incroyable !
C'est aussi l'ancêtre de la bassecomme l'a si bien résumé Marcus Miller. Quel souvenir gardez-vous de votre collaboration avec lui?
Marcus Miller m'avait invité à jouer avec lui à l'Olympia en France et lorsqu'il m'a demandé de jouer au gembri, il a dit aux autres : « regardez, ce n'est le gembri qui n'est pas bien, c'est plutôt moi qui joue mal » ! J'ai aimé cette modestie, il venait souvent nous voir aux concerts et j'étais très honoré de vivre cette expérience avec lui. Cet esprit de partage entre musiciens est juste incroyable!
Vous êtes un peu le Gnaoui blanc qui entremêle les musiques ?
Je suis blanc mais mon sang est noir !
Je pense qu'il y a un noir en nous tous, moi, j'ai grandi à Targa, à Marrakech, j'ai grandi dans cette culture africaine, parfois, on a tendance à oublier qu'on est africains. Nous sommes des êtres humains, ni homme ni femme !
Vous aviez toujours su que vous alliez faire carrière dans la musique?
Non, pas du tout ! En fait, depuis tout petit, j'aimais la musique et le rythme mais ça m'a attrapé lorsque j'ai entendu
le son du tambour pour la 1ère fois. J'ai eu la chance d'assister à des concerts mythiques comme ceux de Nass El Ghiwane, du temps où ils se produisaient à Ksar Badii, j'allais dans les loges discuter avec les musiciens, c'était magique,
une vraie bénédiction pour moi. Par la suite, je voulais savoir comment faire parler, cet instrument (Gembri, Banjo, Ribab, ou n'goni) ? Alors, j'ai acheté mes instruments, j'ai cherché mes partitions, je voulais comprendre cette magie, le son, la note, une gamme mineure, majeure, je voulais avoir un langage musical pour communiquer avec l'autre. D'ailleurs, c'est mon éducation musicale qui m'a emmené à jouer dans les plus hautes sphères du jazz dans le monde.
Le jazz se marie bien avec les rythmes gnaouis?
Oui, quand on a cette conscience de la profondeur de l'art et du jeu de l'autre. Un musicien étranger doit être capable de comprendre Tagnaouite, ses mélodies, ses rythmes, ses phrasés très précis. C'est plus facile pour nous parce que cette musique fait partie de notre culture, mais quand tu invites un jazzman européen ou un Bluesman américain, ils sont sensés comprendre tout cela pour trouver cet équilibre, pour séduire et rendre service à la musique. Il faut laisser l'autre s'exprimer, il faut qu'il y ait un langage, une discussion, des moments de silence, des moments chargés, et c'est cela un musicien, quelqu'un qui sait vivre un espace, qui le maîtrise…
Vous excellez également dans l'art de l'improvisation?
J'adore cela, je fais partie de cette école d'improvisation, de Joe Zawinul Syndicate et pas seulement. Ça existe aussi dans notre culture, dans les échanges de poésie de Ahouach par exemple, dans l'art de griots ! Improviser c'est créer et produire quelque chose.
Racontez-nous un peu votre rencontre avec le pianiste et claviériste de jazz autrichien Joezawinul, l'un des pionniers du métissage cosmopolite.
Oui, tous les musiciens du monde voulaient jouer avec Joe, c'était une star, une référence au niveau international,
et travailler avec lui a été une école formidable, au niveau de l'écoute, de la vitesse d'exécution et de l'endurance. Lorsqu'il m'a invité à jouer avec lui, j'ai enregistré un double album du 1er coup, par la suite, il m'a proposé de rejoindre son groupe. Je crois qu'il a aimé mon expression, mes interventions, mon énergie car ce n'est pas facile de jouer dans des formations de cette envergure avec des virtuoses africains qui jouent à une vitesse incroyable. Le tempo est très rapide et si tu n'as cette énergie, ce pacte avec la scène, tu ne tiendras pas !
Est-ce que c'est facile pour un groupe de durer dans le temps?
Non mais le chemin est encore long. On essaie de raconter notre histoire, de telle façon à être là. On prend les choses comme elles viennent, on vit l'instant présent et si ça prend 5 ans pour faire un disque, ce n'est grave. Entre temps, on joue, on adore la scène. D'ailleurs, j'ai toujours le trac avant de monter sur scène ! ✱


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.