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«Notre défi, c'est la mobilité des jeunes»
Publié dans Le Soir Echos le 15 - 03 - 2010


 
-Qu'est-ce qui différencie l'Institut Goethe des autres centres culturels étrangers ?
-L'Institut Goethe en tant qu'association est différemment structuré par rapport aux autres centres culturels. Nous sommes représentés comme société civile en Allemagne, à Munich, depuis près de soixante ans. Nous travaillons sur la base d'un contrat signé avec la République d'Allemagne et renouvelé tous les quatre ou sept ans avec la République et non avec l'exécutif, c'est-à-dire, le gouvernement. Les deux tiers du financement de l'Institut proviennent du contribuable depuis des années et un bon tiers de nos propres ressources. Le principal objectif de l'Institut reste l'enseignement de la langue allemande en tant que langue étrangère à un très haut niveau. Pour cela, nous avons besoin de professionnels, sauf que nous n'en avons pas en nombre suffisant en Allemagne pour les envoyer dans le monde entier et l'Association n'en a pas non plus les moyens. Alors, pour combler ce déficit, nous avons développé un système de formation de professeurs d'allemand de différentes nationalités. Au Maroc, nous avons presque 50 professeurs, dont 90% de Marocains sélectionnés et formés en Allemagne et de plus en plus à Rabat et à Casablanca. Le succès de l'Institut en a fait l'unique institution reconnue par toutes les universités allemandes. Ici, nous avons un presque monopole sur l'enseignement de l'allemand.
-Combien de Marocains ont-ils appris la langue allemande à l'Institut Goethe ?  
-Depuis l'ouverture de nos deux centres en 1960 à Casablanca et à Rabat, plus de 200.000 jeunes ont suivi les cours de langue à l'Institut Goethe et plus de 400 enseignants marocains ont été formés. L'allemand même si elle jouit d'une très bonne réputation auprès des Marocains n'a pas la priorité en tant que langue étrangère au Maroc, par rapport à d'autres langues comme le français, l'espagnol, l'anglais, et, aujourd'hui, le chinois et le coréen. Au niveau enseignement de langue étrangère, il n'y a au Maroc que 340 étudiants de langue et littérature allemande dans tout le Maroc (trois facultés de lettres : Rabat, Fès et Casablanca). Quant aux professeurs spécialisés au niveau universitaire, ils sont à peine une quarantaine. C'est pour cela que, pour l'écrasante majorité des jeunes voulant suivre des cours d'allemand, l'Institut Goethe reste l'unique référence. Depuis 2007, plus de 6.000 jeunes profitent annuellement de notre service enseignement et examen de langue. Nous avons été surpris par le grand intérêt que portent les jeunes Marocains à la langue allemande. Avant 2007, nous recevions une moyenne de 5.000 par an. La croissance constatée, il y a trois ans, puise son origine principalement dans une loi adoptée par le Parlement allemand. Elle stipule que tout étranger en dehors de l'Union européenne désirant rejoindre sa famille résidant légalement en Allemagne doit passer un test d'allemand. Pour les Marocains intéressés, le passage par l'Institut Goethe est donc nécessaire. Cela dit, les jeunes Marocains ont toujours été nombreux à venir apprendre la langue allemande, bien avant cette loi.
Wolfgang Meissner (à droite) compte réitérer l'expérience du Théatre Nomade en juin prochain
-Pensez-vous que les Marocains ont un engouement particulier pour l'allemand ?
-Pensez-vous que les Marocains ont un engouement particulier pour l'allemand ?
- Je pense que la raison est pragmatique. Comme toute la jeunesse du monde entier, les jeunes marocains veulent tout simplement améliorer leurs qualifications professionnelles, augmenter leurs chances sur le marché de l'emploi. Pour cela, la connaissance des langues étrangères reste un atout. Les jeunes marocains arrivent chez nous avec un bagage linguistique. Ils maitrisent déjà deux langues, arabe et français, et souvent une troisième, l'anglais et ont pour vision l'Europe. Il ne reste plus qu'à décrocher le certificat et ce but est lié directement au talent et non à une durée précise. Nous avons reçu à l'Institut Goethe des jeunes n'ayant aucune connaissance de la langue allemande qui, au bout de six ou huit mois, commencent à le parler parfaitement. Les Marocains sont connus pour maitriser les prononciations de différentes langues. L'environnement social et acoustique de l'enfant au Maroc présente un avantage pour l'apprentissage des langues. Nous disposons de deux antennes qu'on appelle aussi points de dialogue (statut ONG marocaines) à Tanger et à Marrakech et de 17 centres d'examen dans toutes les régions du Maroc qui coopèrent avec nous. L'enseignement de la langue représente ainsi 80% de notre énergie au niveau de la coopération culturelle. Nous avons une trentaine d'enseignants et nous formons plusieurs qui obtiennent un «diplôme vert» (certificat interne) leur permettant même d'enseigner dans d'autres pays. La bibliothèque, la médiathèque et la programmation culturelle représentent, pour leur part, entre 15 et 17 % de nos ressources au point de vue budgétaire. Souvent, ce travail d'apprentissage de langue est oublié au détriment des autres activités, alors qu'il demeure notre principale activité.  
-Comment évaluez-vous votre présence au Maroc ?
Dieu merci que nous n'avons pas eu l'expérience d'un protectorat au Maroc, parce que cela aurait pu avoir lieu. Nous trouvons, ici, un environnement extrêmement favorable. D'ailleurs, l'Institut Goethe travaille au Maroc, depuis cinquante ans sans interruption, alors que ce n'est pas le cas dans d'autres pays comme l'Algérie où les structures de l'Institut n'ont pas le droit d'agir librement. Au Maroc, nous développons des coopérations avec plusieurs partenaires nationaux et étrangers notamment à travers les plateformes culturelles et les programmations. Le Maroc est également une terre de rencontre, puisqu'il est le pays qui compte  près de 300 festivals à part les grands événements connus, dont Mawazine. C'est un grand défi d'avoir autant de festivals, parce qu'il ne reste pas assez d'espaces pour les jeunes créateurs. Ils doivent créer leurs propres festivals pour se faire connaitre. Le pouvoir d'achat ne permet pas à la majorité de payer 50 ou 60 dirhams pour assister à un concert. Il est vrai que certains sont prêts à payer 2.000DH pour voir une vedette internationale, mais ce sont des élites.
-Cela veut-il dire que l'Institut Goethe ne veut pas développer une culture «élitiste» ?
-Nous ne sommes élitistes que dans le sens où l'Institut Goethe cherche des jeunes créateurs de grande qualité. N'oublions pas que nous sommes une association dont l'activité ne dépend ni de l'ambassade ni du ministère. Nous disposons, pour cette année, d'un budget opérationnel de 65.000 euros. Nous cherchons comme d'habitude juste des plateformes de rencontres avec la société civile des artistes, des cinématographes, des partenariats avec une cinémathèque ou des institutions d'Etat qui ne sont pas capitalisées dans le marché. Nous ne voyons aucun intérêt, par exemple, à investir dans un festival, comme Mawazine, parce qu'il n'a pas besoin de nous. Nous focalisons donc notre aide, sur les jeunes et moins jeunes, surtout les plus défavorisés. C'est pour cela que nous avons développé plusieurs événements culturels pour et par monsieur et madame tout le monde. Notre rêve, aujourd'hui, est de créer une structure permettant aux jeunes talents marocains d'avoir la même possibilité d'être mobiles que leurs camarades européens. C'est le vrai défi de la coopération culturelle pour rétablir le déséquilibre de la mobilité restreinte pour cause de  lois sur l'immigration.


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