Ramadan et élections : les autorités renforcent le contrôle des initiatives caritatives déguisées    Coupe des champions féminine de la FIFA : l'AS FAR termine 4è après sa défaite devant le Gotham FC    Coupe de la CAF: Le Wydad s'incline face à Maniema Union (2-1)    Ligue des champions africaine: Berkane s'incline 3-0 face à Pyramids    Othmane Maamma, nouvelle cible du LOSC pour renforcer l'attaque ?    Sidi Kacem: Mesures préventives pour héberger la population riveraine de l'Oued Sebou à Dar Taliba « Al Haouafate »    Sidi Kacem: Poursuite des efforts pour neutraliser les risques d'inondation    Yassir Zabiri débarque à Rennes : accord trouvé avec Famalicão    Suspension des cours lundi à Tétouan à cause des conditions météo    La France durcit les règles sur le lait infantile dans le cadre d'une alerte internationale liée à la présence de la toxine céréulide    Maroc/France : Les villes de Dakhla et Dreux renforcent leur coopération dans les domaines agricole et environnemental    Azzedine Ounahi décline Leipzig et choisit la stabilité à Gérone    Alerte météo: Fortes rafales de vent, chute de neige, averses orageuses et temps froid    Les Etats-Unis en paralysie budgétaire partielle, une issue rapide en vue    USA: Treize morts à New York provoquées par une vague de froid polaire    Phosphates et dérivés : près de 100 MMDH d'exportations en 2025    La DGI mobilise ses équipes contre des réseaux de fraude abrités par des sociétés de domiciliation    Maroc : la facture énergétique recule de 5,5% en 2025    MRE: Les transferts de fonds augmentent à plus de 122 MMDH en 2025    Ksar El Kébir: Coupure temporaire de la circulation sur la RN1 et la Route régionale N°410    Les Maladies tropicales négligées continuent de frapper de manière disproportionnée les communautés les plus pauvres en Afrique    Températures prévues pour le lundi 02 février 2026    Intempéries: Réouverture de l'aéroport de Tétouan Sania R'mel    Conseil national du PAM : unité interne et ambition assumée pour les législatives    Décès à Rabat de l'artiste Safia Ziani    Le Roi Mohammed VI adresse un message de condoléances à la famille d'Abdelhadi Belkhayat    CAN 2025 : la Fédération sénégalaise exprime son soulagement après la décision disciplinaire de la CAF    Morocco braces for strong winds snowfall and heavy rain from Monday to Wednesday    Diaspo #426 : Entre l'Afrique et l'Europe, Ismail Sentissi sur les routes du jazz    Fonction publique et élus : la transparence patrimoniale reste à construire    Maroc-Etats-Unis : 250 ans d'amitié célébrés au Kennedy Center de Washington    L'Ambassade de France au Maroc présente ses condoléances suite au décès de l'artiste Abdelhadi Belkhayat    Tourisme : Record de 138 MMDH (+21%) sur les recettes voyages en devises en 2025    Sidi Kacem : Evacuation préventive des habitants du douar « Al Houafate » pour prévenir les risques d'inondations    Maroc-France. Un nouvel élan pour la coopération bilatérale avec une forte dimension parlementaire    Autriche: Arrestation avec l'appui de la DGST d'un suspect pour projets d'attentat terroriste    Exécution de la loi de finances: un solde budgétaire négatif de 61,6 MMDH en 2025    La CAF déterminée à préserver l'intégrité, la réputation et la compétitivité mondiale du football africain (Patrice Motsepe)    Le grand artiste marocain Abdelhadi Belkhayat n'est plus    Robbie Williams se produit pour la première fois au Maroc    Histoires berbères : le Collectif 4.0 et la Fondation Al Mada présentent un atelier immersif pour toute la famille    Chine: Les investissements à l'étranger ont atteint 145,66 milliards de dollars en 2025    Pays du Sahel : Bank of Africa effectue une tournée diplomatique et économique de haut niveau    Le Roi Mohammed VI mobilise les FAR pour faire face aux intempéries au Maroc    Terrorisme : Arrestation en Autriche grâce à la coopération avec la DGST    Décès d'Abdelhadi Belkhayat, icône de la musique marocaine, à 86 ans    La France déterminée à établir avec le Maroc un nouveau traité de coopération bilatérale avec une forte dimension parlementaire    ONU : Omar Hilale élu à la présidence de la Commission de consolidation de la paix    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Le soufisme, rédempteur pour les âmes et voie de salut pour le pays
Publié dans Le Soir Echos le 05 - 08 - 2011

Le soufisme est cette quête en Islam d'une spiritualité pure connue pour sa tolérance. Le Maroc, terre de brassages et de passages a une longue tradition soufie. Afin de mieux la connaître, nous vous donnons rendez-vous chaque semaine pour en exploiter quelques facettes.
Parler des débuts de soufisme au Maroc c'est rappeler ces formes d'organisations liées au groupe ou « tâifa » et au « ribât », ce lieu de rassemblement d'ascètes et de combattants pour la foi.
Dans les études historiques on a souvent distingué entre le Maghreb, pays des saints et l'Orient, pays des prophètes. L'organisation confrérique n'est apparue au Maroc qu'avec la confrérie shâdhiliyya au XIIIe siècle et surtout avec l'émergence de la confrérie nationale qui est la Jazûliyya aux XIV-XVe siècles.
Le soufisme est devenu depuis cette période un phénomène de société lié à une crise politique et économique ainsi qu' à des bouleversements sociaux et humains durables. Le Maroc connaissait les manifestations locales des luttes entre les tribus et les pouvoirs locaux qui s'établissaient dans ces lieux de trouble et d'insécurité. Le pouvoir central était trop faible pour exercer la moindre influence sur ces contrées - surtout dans le Sud - qui lui échappaient totalement. C'était le cas pour l'ensemble du Maroc dans cette période de transition entre la fin de la dynastie mérinide et l'apparition des Saâdiens.
Si les mouvements mystiques se sont répandus dans le Nord du Maroc , ce n'est qu'à la fin du XVe siècle que le sacré allait apparaître, dans les oasis, comme un recours auquel individus et collectivités faisaient appel pour se protéger des malheurs de temps dramatiquement incertains. C'est un mouvement profond, inspiré du grand mystique El Jazouli mort en 1463, qui allait marquer la société marocaine dans ses fondements les plus existentiels.
En effet, rares étaient les saints au XVe siècle, à une exception près, celle de la zaouia des saints d'Aqqa, qui jouaient un rôle d'arbitre entre les différentes factions tribales, coalitions qui ne se formaient pas systématiquement sur une base ethnique, impliquant toutes les composantes de la société : bédouins, berbères, noirs, paysans sédentaires ou nomades. La zaouia d'Aqqa procédait à l'établissement de trêves de courtes durées, pendant lesquelles le port d'armes était interdit et la circulation des hommes et des produits non entravée. Sidi Ouissaâdine El Moubarek joua un rôle essentiel dans la pacification du Bani central, non loin de l'ancienne cité de Tamedoult, en réconciliant les adversaires. Ce qui donna une notoriété remarquable à cette zaouia d'Aqqa, dont l'Oasis devint prospère, attirant à elle des populations désirant vivre dans le calme et la paix à l'ombre de la sainteté.
Ce rôle d'intermédiaire et d'arbitrage allait se généraliser aux zaouias naissantes, comme celle de la Nasiriyya ou encore la Wazânia et la Sharqâwia à partir du XVI siècle. La zaouia Dilâ' dans l'actuel village de Aït Ishâq a pris une autre direction puisqu'elle s'est emparée du pouvoir politique avec le déclin de la dynastie saâdienne et les débuts de l'émergence du pouvoir alaouite dans l'oasis du Tafilalt.
Le mode d'organisation des zaouias et confréries ainsi que les liens de solidarité et de luttes ne sont pas les seuls à être derrière la consolidation des rôles des saints. D'autres événements avaient cependant contribué à l'expansion d'un mysticisme, espèce d'antidote à la double menace qui pesait sur la société : l'effondrement de l'ordre étatique à la fin de la dynastie mérinide, aggravé par l'extrême faiblesse de leurs successeurs, les Wattassides d'une part, et la menace extérieure, à la fois espagnole et portugaise plus particulièrement sur les côtes du Souss, d'autre part. Les premiers étaient déjà installés dans l'oued Noun à Tagaost, les seconds intervenaient à partir d'Agadir en armant quelques chefs tribaux qui étendaient leur autorité jusqu'au Draa oriental. Ce mouvement spirituel entendait répondre à ces deux menaces pour la société, en dépassant les clivages et les conflits entre les tribus, quelle que fût leur ethnie, en les mobilisant sur un même registre religieux qui ne pouvait que gagner les cœurs et établir la paix et la concorde dans les esprits.
Le mode d'organisation des zaouias et confréries ainsi que les liens de solidarité et de luttes ne sont pas les seuls à être derrière la consolidation des rôles des saints.
Parallèlement à la recherche de cet objectif, les zaouias créées au XVIe siècle, se tenaient éloignées de toute velléité de conquête d'un pouvoir temporel, n'accordant aucun prix aux richesses de ce monde. Il en était ainsi de la zaouia d'Aqqa, comme plus tard de la zaouia de Sidi Hmad ou Moussa qui s'implanta dans le Tazaroualt, aux lisières nord ouest de l'Anti Atlas au début du XVIe siècle et dont l'influence se fera sentir jusqu'au début du XXe siècle.
Le mouvement soufi était parti en fait du Souss, qui vit naître le grand mystique M'hamed Ben Souleimane Al Jazouli, adepte de la Chadhiliyya et fondateur de la Tariqa (la voie) Jazouliya et qui allait marquer l'histoire du pays comme un qotb, un grand maître soufi, dont les enseignements avaient eu une influence déterminante sur le soufisme au Maroc et un animateur du iihad pour la défense du pays contre les menées portugaises et espagnoles.
Ainsi, de Aqqa à l'oued Massa, en passant par la zouia de Tazaroualt, la rénovation religieuse ne tarda pas à se répandre dans le reste du pays. Les remontées des courants mystiques du pays des oasis allaient devenir structurelles dans les événements façonnant l'histoire du Maroc. A partir de ces contrées arides, leur influence se répandait partout, de l'Orient au Sahara, et au-delà en Afrique noire. Le commerce caravanier ne transportait pas que des produits matériels, il était également vecteur de valeurs culturelles, intellectuelles et spirituelles. Cependant, le soufisme de rédempteur des âmes et d'adjuvant des énergies pour la défense du pays, devint pendant le XVI et XVIIe siècles, l'un des vecteurs du renouvellement des structures de l'Etat comme nous le verrons la semaine prochaine…
Jillali El Adnani
Jillali El Adnani, né en 1966 à Tiflet, docteur en histoire de l'Université de Provence, Aix-En-Provence, est chercheur-associé à l'Iremam d'Aix-en-Provence et ancien fellow au Wissencshaftslolleg de Berlin.
Il est l'auteur de La Tijâniyya, 1781-1881, les origines d'une confrérie religieuse au Maroc aux éditions Marsam.
Jillali El Adnani
Merci monsieur Jillali El Adnani
pour cet article. Vous élevez le débat et la vision musulmane de notre pays. C'est un plaisir. Continuer sur cette voie…Merci


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.