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Biodiversité Ces petits gènes qui font l′avenir
Publié dans Le Soir Echos le 10 - 11 - 2010

L'année 2010 a été déclarée Année internationale de la biodiversité par les Nations Unies.
En faisant le compte-rendu du Deuxième rapport sur l'état des ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture dans le monde, la FAO rappelle le futur paysage des denrées alimentaires provenant de l'agriculture : «D'ici 2050, le monde devra produire deux fois plus d'aliments qu'en 2000, mais avec la même quantité de terre et en utilisant moins d'eau et autres intrants [...] La production agricole, et en particulier la production végétale, devra s'intensifier considérablement afin de satisfaire les besoins d'une population qui devrait augmenter de quelque 40% entre 2005 et 2050». Sans oublier le changement climatique qui ne cesse de modifier l'environnement des cultures produites. Dans cet état de faits, les diversités génétiques des graines cultivées, autrement appelées ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture (RPGAA), sont envisagées comme le moyen d'aider les agriculteurs à s'adapter aux nouveaux défis environnementaux. Malheureusement de leur côté, ces ressources sont extrêmement fragiles, diminuées par le défrichement, les pressions démographiques, le sur-pâturage, la dégradation de l'environnement et la modification des pratiques agricoles. Aussi, leur conservation et leur utilisation ont gagné l'intérêt de nombreux pays qui ont décidé d'adopter des lois et règlements nationaux pour la biodiversité.
Ces engagements sont la continuité de l'adoption de la Convention sur la diversité biologique (CDB) et du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture, dont l'objectif final est l'édification d'un Plan d'action mondial pour une conservation et une utilisation durable des RPGAA. Sur ce plan, le Maroc a ratifié nombre de conventions et d'accords bilatéraux, régionaux et internationaux se rapportant à la protection et à la conservation de la biodiversité. On compte actuellement une cinquantaine d'accords et de conventions dont les plus appropriés restent la CDB, signée par le Royaume en 1995, et le Traité international des RPGAA, en octobre 2006. «Depuis l'indépendance, le Maroc a parcouru d'importantes étapes dans la constitution de collections nationales de céréales, de légumineuses, d'espèces fourragères et d'autres cultures vivrières. Il dispose aussi d'importantes collections variétales d'olivier, d'agrumes et de palmier dans les stations de l'INRA. Ces collections nationales regroupent aussi bien des ressources phytogénétiques locales que des ressources provenant de collections internationales pour certaines espèces. Je suis personnellement rassuré en ce qui concerne les céréales et les légumineuses, pour lesquelles le Maroc a accompli d'importants efforts afin de garantir les ressources phytogénétiques à même d'assurer une sécurité alimentaire dans ce domaine. Par contre, pour certaines cultures utilisant des hybrides, notamment les cultures horticoles, le Maroc n'a pas d'autres choix que de s'approvisionner sur le marché», explique Mohamed Boulif, professeur chargé de la direction de l'Ecole nationale d'agriculture de Meknès.
Des progrès scientifiques rapides…
Les technologies de l'information et la biologie moléculaire ont introduit de nouvelles techniques pour la conservation et l'utilisation des RPGAA. Notamment, une grande partie des efforts se sont concentrés sur les collections de banques de gènes nationales de cultures mineures, de variétés locales, d'espèces sauvages et de variétés obsolètes. «Le Maroc dispose de banques de gènes dont les plus importantes se trouvent au niveau de l'INRA et s'évaluant à plusieurs dizaines de milliers d'entrées. Les autres établissements d'enseignement et de recherche -l'IAV Hassan II et l'ENA- détiennent des collections thématiques complémentaires telles celles de plantes aromatiques et médicinales, de certaines cultures alternatives (Stevia), ou des collections de plants à fruits rouges», ajoute M. Boulif. Autre technique, des procédés de maintien à la ferme de la diversité génétique des cultures gérées par les agriculteurs ont été mis au point. Parallèlement, une étude des aires protégées du pays a permis l'élaboration d'un réseau qui regroupe 10 parcs nationaux, la réserve de biosphère de l'arganier (RBA) et plus de 150 sites d'intérêt biologique ou écologique (SIBE) représentatifs sur le plan bioécologique de zones à écosystèmes remarquables, à forte concentration d'espèces végétales et/ou animales endémiques rares ou menacées, ou à indice de biodiversité élevé. Enfin, en 2002, la création d'une banque de gènes centrale a permis de fédérer les activités et d'organiser la conservation ex situ. Or, comme le souligne le rapport du FAO au niveau mondial : «Bien que bon nombre des entrées détenues dans les banques de gènes soient en double, toutes les collections ne sont pas systématiquement dupliquées, et celles qui ne le sont pas risquent de perdre des entrées uniques à la suite de défaillances techniques, de maladies ou de tout autre calamité parmi une foule de possibilités». Ainsi, spécialistes et chercheurs s'inquiètent pour la régénération des stocks vieillissants. Car les lacunes sont encore considérables et les financements beaucoup trop faibles.
…Mais des lacunes encore trop grandes
En effet, le deuxième rapport indiquent que de nombreux pays signalent un manque de financement et de personnel qualifié pour gérer les banques de gènes. Egalement, des efforts doivent être réalisés pour stimuler la production locale des semences, améliorer l'accès aux semences de qualité et développer des entreprises de semences de petite taille. Autre problème, la sélection végétale et la production de semences sont généralement effectuées de façon isolée. Or selon le rapport, «l'utilisation durable des RPGAA ne peut être accomplie qu'au moyen d'une pleine coordination entre les recherches agronomiques, la production des semences et les systèmes efficaces d'approvisionnement qui permettent aux agriculteurs d'obtenir dans les temps des semences de bonne qualité». Selon le deuxième rapport national sur l'état des RPGAA, édité par l'ENA en 2007, le cas du Maroc est problématique : en dépit de l'abondance des ressources génétiques disponibles, ces dernières ne sont pas suffisamment exploitées pour améliorer les performances des variétés cultivées. Et si le pays compte grandement sur l'apport de la coopération internationale, il n'existe jusqu'à présent aucun cadre national ni de conditions réglementant l'accès aux ressources génétiques. De fait, de nombreuses espèces sont menacées et la plupart sont répertoriées, déposées et exploitées dans d'autres pays du monde. Le Maroc devient alors une zone de prélèvement génétique dont il ne tire aucun bénéfice.
Entretien
Mohamed Boulif, professeur, chargé de la direction de l'Ecole nationale d'agriculture de Meknès (ENAM) «Notre pays est dépendant d'industries semencières»
En quoi les ressources phytogénétiques constituent-elles des matières premières essentielles pour aider les agriculteurs marocains à s'adapter au changement climatique ou aux risques liés aux maladies ?
Avec un climat changeant dans toutes les parties du monde (régimes thermiques en hausse, pluviométrie capricieuses, etc.), il devient nécessaire de développer des variétés qui tolèrent la sécheresse et les températures élevées. C'est la raison pour laquelle il est indispensable de disposer de collections de ressources phylogénétiques assez diversifiées dans lesquelles on peut sélectionner les génotypes adaptés aux nouveaux contextes climatiques. Ces génotypes peuvent être utilisés en tant que tels quand ils sont agronomiquement valables et productifs. Autrement, ils peuvent être utilisés dans des programmes d'amélioration génétique pour introduire des qualités déterminées dans les variétés traditionnelles, populaires auprès des agriculteurs. La diversité naturelle des plantes fait que certaines variétés et lignées portent des gènes utiles tels ceux permettant aux plantes de résister aux maladies et aux ravageurs présents localement. Là encore, les ressources phytogénétiques peuvent être exploitées en tant que telles quand elles sont résistantes, adaptées à l'environnement cible et productives. Sinon, les lignées dotées de gènes recherchés peuvent servir de parents donneurs pour améliorer la résistance des variétés utilisées par les agriculteurs. A ce sujet, il y a lieu de rendre hommage à notre Institut national de recherche agronomique (INRA) qui, malgré toutes les difficultés, maintient des collections nationales qui représentent un stock génétique d'une grande valeur que nous devons préserver et développer.
Quels sont les lacunes et les besoins du Maroc en ce domaine ?
Les besoins du Maroc en la matière sont immenses. Surtout avec le lancement du plan Maroc Vert qui vient, à mon avis, à point nommé pour induire une nouvelle vision de l'agriculture dans sa globalité et orienter les efforts dans le but d'assurer la sécurité alimentaire de notre pays. En effet, ce plan qui vise essentiellement l'extension des aires de cultures fera nécessairement appel à des variétés adaptées aux nouvelles zones en fonction des conditions pédoclimatiques qui y prévalent. Evidemment, le Maroc peut utiliser les ressources phytogénétiques disponibles localement, tout en mettant en place des programmes d'amélioration génétique visant la production de génotypes adaptés et supérieurs en rendement, aussi bien en quantité qu'en qualité. Pour ce qui est de l'intensification des cultures visées par le Pilier II du plan Maroc Vert, notamment les cultures horticoles (maraîchage, arboriculture, agrumiculture) à haute valeur ajoutée, là également le choix de variétés qui répondent aux exigences du marché et aux intrants agricoles est essentiel. A ce sujet, je pense que notre pays est encore dépendant d'industries semencières de pays plus avancés, lesquelles industries ont bénéficié de l'appui de la recherche menée dans les différentes universités et centres spécialisés en la matière. Notre pays a tout à gagner à maintenir de bonnes collaborations avec aussi bien les centres de recherche que les industries spécialisées, tout en faisant les efforts nécessaires pour développer sa propre industrie semencière locale.
Quelles sont les évolutions de ces ressources phytogénétiques au Maroc ?
Il n'y a pas de craintes à avoir pour les ressources phytogénétiques des espèces cultivées qui sont cataloguées et stockées, car elles nécessitent tout simplement un effort de régénération périodique pour maintenir la viabilité du germoplasme. C'est un travail qui peut être très coûteux, car le maintien de ces collections nécessite des ressources humaines, logistiques et financières. Seules les grandes puissances pouvaient se permettre cela dans le passé : les USA, l'ex-URSS, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la France. Actuellement, les centres internationaux comme le CIMMYT, l'ICARDA, l'ICRISAT, le CIP et d'autres disposent d'importantes banques de gènes auxquelles le Maroc peut s'adresser pour obtenir les semences et plants afin d'initier ses programmes d'amélioration génétique des espèces cultivées. S'agissant des ressources phytogénétiques d'espèces sauvages, je pense que les sécheresses répétitives, accompagnées d'un réchauffement prononcé, peuvent avoir déjà eu un effet négatif sur la biodiversité naturelle.
Quelle importance de conserver les espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées ?
Il ne faut pas oublier que les plantes cultivées actuellement ont été toutes domestiquées avec le temps à partir de parents sauvages. Les lots de gènes mis à production (variétés cultivées) dans les champs d'agriculteurs représentent le résultat d'un long processus de sélection et d'amélioration opéré par l'homme dans le patrimoine génétique initial naturel. Ce patrimoine, qui constitue un réservoir de gènes utiles pour la résistance aux maladies et ravageurs (stress biotique) ou au stress abiotique (sécheresse, chaleur, froid, polluants chimiques), mérite d'être protégé contre toute forme d'érosion, que ce soit par le fait d'une surexploitation excessive comme c'est la cas des plantes aromatiques et médicinales, des parcours ou des forêts, ou par le fait simple d'effets environnementaux adverses.


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