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L'éducation fait «crise mine»
Publié dans Les ECO le 09 - 05 - 2010

Permettre un accès universel à l'éducation, pour les femmes et les hommes, quels que soient leur âge ou leur situation géographique. Cet objectif fixé, en 2000, lors du Forum mondial de l'éducation à Dakar peine à prendre forme. Publié la semaine dernière par l'Organisation des Nations-Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), le rapport «Atteindre les marginalisés», a son coupable tout désigné. La crise économique et financière mondiale ! Celle-ci est venue freiner les efforts vers une Education pour tous (EPT), qui étaient pourtant encourageants. Entre les périodes 1985-1994 et 2000-2007, le taux d'alphabétisme des adultes a progressé de 10 %, atteignant aujourd'hui 84 %. Evolution aujourd'hui remise en cause, du fait notamment de «la baisse des ressources des gouvernements, de l'augmentation des prix des denrées alimentaires ainsi que de la montée du chômage», affirme Irina Bokova, directrice générale de l'UNESCO.
Les aides en berne
L'éducation est en effet l'une des premières à pâtir des pressions subies par les budgets nationaux. Même perspective au niveau micro-économique, puisque les ménages en difficulté financière diminuent les dépenses éducatives en premier lieu. Maslow l'avait prouvé, la réalité vient le confirmer. Dans les zones rurales par exemple, les bras qui aident valent mieux que des bouches à nourrir et des fournitures scolaires à acheter. Solution : lorsqu'un pays rame, l'aide étrangère lui prête un moteur. Générosité remise en cause en tant de crise. Il manquerait ainsi seize milliards de dollars par an pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) fixés pour 2015. Et la crise grecque actuelle ne risque d'ailleurs pas d'arranger les choses, puisque les Européens aideront avant tout des Européens...
Le Maroc a comblé ses besoins primaires
Malgré ces freins, le Maroc reste sur la bonne voie en matière d'accès à l'éducation. Il fait d'ailleurs partie des pays à se rapprocher le plus de l'enseignement primaire universel. Ainsi, sur les 19 pays arabes pour lesquels les données sont disponibles, 14 ont un taux brut de scolarisation (TBS) inférieur à 50%. Le Maroc fait partie des 5 bons élèves. Seulement, quand bien même l'éducation primaire atteindrait l'universalité, il ne suffit pas de remplir les bancs des classes. L'éducation se mesure en résultats qualitatifs et non quantitatifs. D'où l'importance cruciale de la qualité de l'apprentissage.
C'est secondaire !
Seulement, l'augmentation des effectifs dans le primaire ne devrait pas encourager un changement prématuré des politiques. «Le développement de la scolarisation dans le secondaire ne devrait pas se faire au détriment de la fourniture d'un enseignement primaire de qualité». En somme, ne pas se focaliser sur le secondaire en mettant de côté les bases éducatives du primaire. Le dernier programme mis sur pied par le ministère de l'Education nationale, à savoir le programme Itqane, est pourtant en parfait accord avec cette contre-indication internationale. Pour rappel, ce programme qui a été lancé à la fin du mois dernier pour soutenir le programme d'urgence Najah 2009-2012 vise à renforcer l'enseignement dans le secondaire, en misant sur la formation du personnel éducatif.
Lire et écrire...mais encore ?
Les chiffres révélés par le rapport «Atteindre les marginalisés» poussent à la précaution. Les scores moyens aux tests de mathématiques des élèves de 8e année de primaire nous apprennent que l'élève moyen au Maroc est aussi performant que les 10 % d'élèves les moins performants dans les pays les mieux classés. Un chiffre qui fait froid dans le dos ! Apprendre à lire et à écrire ne suffit pas. La qualité de l'apprentissage demeure primordiale. «Les responsables de l'élaboration des politiques, les éducateurs et les parents doivent se focaliser beaucoup plus sur l'objet fondamental de l'éducation : faire en sorte que les enfants acquièrent les compétences qui détermineront leurs chances dans la vie». Infrastructures, temps passé à l'école durant l'année, et qualité de l'enseignement constituent également des points primordiaux dont l'importance est souvent sous-estimée. Pour ce qui est de l'accessibilité des écoliers ruraux à l'enseignement de qualité, le Maroc pourrait suivre l'exemple du Mozambique ou de la Gambie, qui versent des primes aux enseignants exerçant dans des zones reculées.


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