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«Nous avons trois ans pour rendre les collectivités territoriales africaines éligibles aux fonds climat»
Publié dans Les ECO le 21 - 09 - 2017

Jean-Pierre Mbassi, Secrétaire général des cités et gouvernements locaux unis d'Afrique - CGLU Afrique
En marge du premier forum des managers territoriaux et des instituts de formation ciblant les collectivités territoriales, nous avons interrogé le Secrétaire général des cités et gouvernements locaux unis d'Afrique sur ce que CGLU Afrique fait en matière de renforcement de capacités des collectivités locales dans le domaine du développement durable. Entretien.
Les Inspirations ECO : Quel rapprochement faites-vous entre ce premier forum des managers territoriaux et le renforcement des capacités des collectivités territoriales ?
Jean-Pierre Mbassi : Ecoutez, c'est assez limpide. Tous ceux qui sont intéressés par l'Agenda du développement durable savent que sans les collectivités territoriales, la lutte contre le réchauffement climatique sera un combat perdu. 60% des habitants de la terre habitent dans les villes ; 60% des émissions mondiales de gaz à effet de serre se font également dans les villes ; et les villes sont les premières à pâtir des conséquences des changements climatiques. En d'autres termes, si les villes ne sont pas armées pour faire face au problème du changement climatique, il n'y aura pas de solution à ce problème. S'agissant des villes africaines, elles comptent aujourd'hui 350 millions d'habitants, une population qui sera de 1,2 milliard dans 30 ans ; soit la population actuelle de toute l'Afrique, 3 fois la population des Etats-Unis et 4 fois la population de l'Union européenne. Leur gestion dépend beaucoup de la capacité des administrations locales et des élus locaux à prendre en charge les défis, à la fois, d'urbanisation, de changement climatique et de développement durable qui se posent à elles. Les villes africaines en particulier ont une responsabilité tout à fait éminente parce qu'elles ne sont pas enchâssées dans les technologies haut carbone dépendant des énergies fossiles qui sont à l'œuvre dans la plupart des pays développés. Elles ont donc une possibilité de choix d'un chemin bas carbone pour leur développement. Mais ce chemin, elles ne peuvent le prendre que si tout est fait pour ne pas encourager la perpétuation du chemin haut carbone. Compte tenu du poids des collectivités territoriales dans les mutations de demain, et du fait aussi que les collectivités territoriales africaines contribuent très peu aux émissions de GES, il est aujourd'hui impératif que ces collectivités territoriales empruntent un chemin bas carbone, faute de quoi, tous les efforts consentis dans les pays du Nord dans la lutte contre le réchauffement climatique tomberont dans le néant.
Est-ce que l'African Local Governments Academy que vous avez créé lors du Sommet Africités de Marrakech contribue au renforcement des capacités des collectivités territoriales dans le domaine du développement durable ?
Bien sûr ! Nous n'atteindrons pas les objectifs du développement durable sans la contribution essentielle des collectivités territoriales. À ce propos, nous avons déjà dit aux Etats nationaux que ce qu'ils appellent les NDC (Contributions nationales déterminées) ne seront pas atteintes si elles ne sont pas mises en œuvre au niveau des territoires. Donc, ce qu'il faut maintenant c'est que les collectivités locales soient formées pour émerger. C'est-à-dire qu'il faut les aider à mesurer ce qu'elles font, à rapporter et rendre compte de ce qu'elle font et à vérifier l'impact de ce qu'elles font. C'est ce MRV là qui fait partie d'un des programmes que nous cherchons à mettre en place au sein de notre académie pour que les collectivités locales puissent montrer qu'elles contribuent effectivement au développement durable.
Pouvez-vous revenir sur la substance de la déclaration que les collectivités locales africaines ont faite à Agadir lors du 2e Sommet Climate Chance ?
L'une des particularités de la déclaration d'Agadir, c'était de dire qu'il y a une spécificité africaine. En effet, l'Afrique a très peu contribué au réchauffement climatique mais paye le plus grand prix en matière d'adaptation. C'est pour cela que la priorité des collectivités territoriales africaines, c'est l'accès à l'énergie pour le développement et l'adaptation au changement climatique. Et que les options d'atténuation se fassent à l'occasion de l'adaptation et de l'accès à l'énergie. Nous disons également que l'Afrique est une région qui a peu bénéficié de financements mis en place dans le cadre des mécanismes de développement propre et du marché carbone, parce que semble-t-il, les collectivités locales africaines et même les pays n'ont pas pu présenter des dossiers bancables, éligibles à ces mécanismes. Eh bien, nous disons qu'il faut donc lancer un programme de renforcement de capacités et d'assistance technique au profit des collectivités territoriales africaines pour qu'elles puissent présenter des dossiers éligibles au Fonds vert climat à partir de 2020. On a une fenêtre de tir de trois ans, et nous insistons pour que ce soit fait de façon volontaire, sinon ce sera un alibi pour ne pas donner ces financements.


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