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Manifestation au Maroc : la fermeture de la parenthèse enchantée ?
Publié dans Lakome le 28 - 05 - 2011

Utiliser l'expression « parenthèse enchantée » est une façon de décrire tout ce qui se passe d'heureux et de salutaire entre un moment clé de l'histoire, où une brèche émancipatrice radicale est ouverte, et un autre moment clé, où une tragédie vient bouleverser le processus d'émancipation. En France, certains ont parlé d'une « parenthèse enchantée » située entre les combats de mai 68, notamment ceux relatifs aux avancées féministes et aux libertés sexuelles, et l'apparition du sida aux débuts des années 80.Peut-on utiliser cette métaphore pour penser les événements qui ont eu lieu au Maroc depuis le début de l'année 2011 ?
L'ouverture de la parenthèse enchantée serait incarnée par le mois de février, qui fait désormais partie de l'histoire politique du Maroc, et la fermeture aurait eu lieu en avril, avec l'attentat meurtrier de Marrakech. Bien entendu, la fermeture de la parenthèse enchantée ne signifie pas la fin des luttes émancipatrices. Toutefois, comme le montrent les événements qui se déroulent sous nos yeux, les manifestations ont changé d'aspect depuis le mois d'avril, tout comme l'attitude des pouvoirs publics à leur égard. Les foules de Marrakech du 7 et 8 mai ne sont pas les mêmes que celle du 20 mars. Les premières manifestations étaient porteuses de cette vitalité nietzschéenne dont parlent Deleuze et Guattari dans L'Anti Œdipe ou bien Abdelkébir Khatibi dans Le triptyque de Rabat. Lors des journées du 20 février et du 20 mars, une diversité était réunie en un même lieu, avec des groupes d'adolescents, des femmes en niqab avec des photos de leur mari ou de leur fils emprisonnés, des associations amazigh avec des pancartes réclamant que le Tamazigh soit la « langue nationale officielle », des militants d'une « révolution avec le roi », des partisans de l'extrême gauche, des féministes, des associations étudiantes ou bien les gens sans étiquette assoiffés de slogans libérateurs et de justice sociale. A Rabat, une foule d'environ dix mille personnes marchait sur l'avenue Mohamed V avec des affiches du type «PAM dégage », « article 19 dégage », « Fassi game over » ou « Stop Mawazine, people are poor ». Une foule chantait joyeusement devant les grilles du Parlement, réclamant la fin de la politique de répression et de corruption du Makhzen. Parmi elle, des femmes avec des panneaux « Women are coming » et des jeunes criant « Zenkha » (la rue), en demandant au gouvernement et aux nantis de « dégager ». Il y avait ces jeunes avec des t-shirt du Ché et des panneaux exprimant sans nuance « Nous ne céderons pas ! ». Une affiche invitait à la désobéissance civile. La photo de cette fille présente aux manifs du 20 mars avec un t-shirt indiquant «I don't need sex ! Governement fucks me every day » a fait le tour des réseaux sociaux, comme un calembour audacieux !
Le contraste est important avec les dernières manifestations, qui nous renvoient à la tristesse, à la commémoration des morts et à la répression policière. Sur les mails de l'AMDH, nous avons pu voir une femme sortie manifester le 22 mai être rouée de coups par la police et sur le mur Facebook des jeunes du 20 février, nous avons pu suivre en direct la nature des violences auxquelles ils ont été confrontées, notamment du pique nique organisée devant le siège de la DST à Temara. Toutefois, la fermeture de la parenthèse enchantée, précisons le, ne signifie pas la fin du processus mais son bouleversement. En France, l'apparition du sida n'a jamais signifié la fin des luttes pour les libertés sexuelles et l'émancipation des corps vis-à-vis du puritanisme moral ou religieux. La tragédie de Gènes et la mort de Carlo Giuliani n'a jamais empêché le combat des mouvements altermondialistes contre les dégâts des politiques capitalistes et du laisser-faire économique de se poursuivre avec la même ardeur et le même courage politique.
Cette évocation de la parenthèse enchantée n'a finalement de sens que si elle nous aide à penser le devenir du pouvoir constituant, incarné notamment par cette société marocaine composite que l'on ira sollicitée très vite pour s'inscrire sur les listes électorale et voter lors du référendum relatif à la réforme constitutionnelle. Comment définir ce dernier ? Selon Toni Negri, le pouvoir constituant n'est pas uniquement le sujet de la production constitutionnelle mais l'émergence d'une multitude productive de normativité juridique, notamment à travers les revendications exprimées dans les manifestations ou dans les débats d'assemblées populaires. Le danger qui menace le pouvoir constituant est le constitutionnalisme, c'est-à-dire son occultation par la technocratie juridique des spécialistes du droit. Si nous ne voulons pas que la parenthèse enchantée ne continue pas de se refermer encore plus brutalement, il faut interpeler la Commission de la révision constitutionnelle et lui demander directement de quelle façon elle compte prendre en compte les revendications exprimées par le pouvoir constituant lors des manifestations des 20 février, 20 mars, 21 avril, 22 mai. Cette question est d'autant plus importante dans un contexte où les inquiétudes légitimes que l'on peut avoir au sujet d'un retour sécuritaire au Maroc sont très présentes. Même si nous convenons avec Max Weber que l'Etat a le monopole de la violence physique légitime et que la volonté de démocratiser le Maroc à travers ces réformes constitutionnelles ne se fait pas en dehors d'un cadre où la production du droit est aussi le fruit des rapports de force existant dans le champ politique, il est également important de rappeler que le peuple n'est pas simplement une entité à qui il s'agit de demander de voter des révisions élaborées uniquement par des spécialistes de la régionalisation, des institutions politiques ou du droit public. La société marocaine, prise dans son ensemble, est un acteur dont les revendications hétérogènes doivent être prises en compte. Il ne s'agit pas de dire qu'elles doivent toute être exhaussées à la lettre, notamment lorsqu'il s'agit de revendication concernant les intérêts privés et non pas le bien commun de la nation. De ce point de vue, la Commission a effectué des auditions et a écouté un certain nombre d'acteurs. Mais le normativisme juridique que l'on construit au nom de cette partie du pouvoir constituant qu'est le peuple ne peut être radicalement dissocié des pratiques sociales et des discours revendicatifs exprimés dans l'espace public. Et sur ce point, force est constater qu'il existe de nombreux acteurs qui n'ont été ni auditionnés, ni écoutés par la Commission. Comme le rappellent les critiques de Jurguen Habermas, l'accès à l'espace public démocratique est lui-même un enjeu et un combat qui est loin d'être gagné d'avance. La question est bien entendu complexe, tout comme celle de savoir de quelle façon la Commission de révision de la constitution prendra en compte cette partie du pouvoir constituant qui est silencieuse, dépolitisée et qui n'est pas dotée des mêmes compétences ou du même rapport au politique que ces militants présents dans la rue et qui ne sont d'ailleurs pas forcément représentatif de la société marocaine.
Si la Constitution marocaine se contente d'absorber le pouvoir constituant marocain du peuple dans un simple constitutionalisme technocratique, nous serons peut-être dans le cadre d'un Etat de droit marocain mais, pour reprendre les mots de Béatrice Hibou, nous serons loin d'être une démocratie…
Jean Zaganiaris, enseignant-chercheur au CERAM/Ecole de Gouvernance et d'Economie.


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