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Adieu l'ami
Publié dans La Gazette du Maroc le 11 - 07 - 2005


Stephen Ormsby Hugues
Décédé lundi 27 juin à l'age de 81 ans, après une cérémonie à la tradition marocaine, organisée par la MAP, et une messe célébrée à la Cathédrale Saint- Pierre, le doyen des journalistes étrangers et président de l'Association de la presse étrangère au Maroc a été inhumé le samedi 2 juillet à Rabat. Parcours.
Né en 1924 dans la ville de Crosby, à proximité de Liverpool en Angleterre, après des études au St Mary's College et le service militaire, Stephen Hugues s'engage dans l'armée. Au cours de la deuxième guerre mondiale, on le retrouve à La Royal Air Force avec un séjour aux Etats-Unis, en Floride, comme Pilote d'hydravion en 1943. Sa carrière journalistique ne commence qu'en 1947 comme reporter au Stroud Journal. Depuis ça n'a pas cessé. En 1949, il est reporter au Kent et Sussex Courier, de 1950 à 1951, à Sunday Ghibli à Tripoli en Libye, de 1951 à 1952 au Continental Daily Mail et à l'agence Reuters à Paris….
Les années marocaines
En 1952, il débarque au Maroc pour s'occuper de L'Atlantic Courrier, édité par Maroc-Presse de Casablanca et destiné à la communauté anglophone. C'était le temps des bases américaines de Kénitra et Nouasser, entre autres. L'un des premiers journalistes étrangers et ango-saxons à s'intéresser au continent africain, il fut le correspondant au Maroc de L'Associated Press, du New York Times, du Financial Times, Uk et du The Observer de Londres, ainsi de 1953 à 1960. Au Maroc, son arrivée coïncide avec les années charnières d'avant l'indépendance. Il vécut les événements tragiques et les négociations, ce qui lui permit de faire connaissance et d'entretenir d'assidues relations avec les personnages clefs de notre histoire contemporaine. Correspondant et directeur du bureau de l'agence Reuters à Rabat depuis sa fondation en 1961 jusqu'a sa retraite en 1994, Stephen Hughes devint l'une des sources incontournables pour saisir les événements et la situation politique du pays. Abdallah Stouky, le confrère et l'ami, disait que " dès qu'un journaliste étranger débarque, il se met à la quête de Steev, le fait de discuter avec lui, c'est 90% du boulot". Au-delà de sa carrière exemplaire, on parle même d'une école, l'école de la rigueur professionnelle, de l'honnêteté intellectuelle, de la modestie, de l'humilité, de l'intégrité, de la déontologie, du respect de l'information et du métier de journaliste , Stephen nous marquera à jamais par ses qualités humaines. Que ce soit chez lui au 4 place des Alaouites, au bureau de l'agence Reuters à la Tour Saâda, dans son bureau personnel à côté de la gare ou à la terrasse de Balima, Steev n'arrêtait pas de recevoir ses amis et Dieu sait qu'ils sont nombreux. Figure familière et emblématique de la capitale, comment oublier ses blagues et son humour à la fois british et marocain. Dommage qu'il n'a pas consigné les mille et une anecdotes sur la classe politique nationale et ses personnages haut en couleurs à l'instar d'un My Ahmed Alaoui qui est intervenu plusieurs fois pour empêcher son extradition. C'était l'époque où un ministre de l'information enfermait les dépêches dans son coffre fort croyant qu'il était le seul à en avoir connaissance !
Après sa retraite ô combien méritée, il continua ses rituels et son rythme de vie active. Lecture et analyse de la presse étrangère et nationale, fréquentation des conférences de presse posant ses pertinentes questions et l'incontournable " Salon " de Balima, entouré par ses amis pour commenter l'actualité et surtout pour blaguer. Tout en rédigeant un livre de mémoires et d'hommage au Maroc, il continua de correspondre avec Time Magazine et la BBC Radio… Les lecteurs de la Gazette du Maroc se rappellent sa chronique cathodique, accueillie par le cahier culturel, un vrai régal.
Quand sa femme, Raymonde, et sa fille, Kathleen, quittèrent le pays pour vivre en France, lui , reste. " Quand je vais en France, au café personne ne vous salue. En Angleterre, il faut s'y connaître en foot pour pouvoir causer.". Il choisit le Maroc, " le pays des vivants", comme le surnomme l'écrivain américain Paul Boles, pour y vivre, y mourir et y être enterré. Son vœu fut exaucé . Après l'hommage des confrères et amis marocains au cours d'un dîner à la MAP et la messe célébrée à la cathédrale Saint- Pierre de Rabat, le corps du défunt, commandeur du Ouissam Alaouite, est inhumé sous la terre marocaine, une terre tant parcourue, tant aimée ...


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