2ème tour des municipales en France: La participation focalise l'attention    Officiel : Rayane Bounida dit NON à la Belgique et choisit le Maroc !    Voici les hauteurs de pluies enregistrées ces dernières 24H    Financement de l'Economie sociale et solidaire : JAIDA obtient un nouvel agrément de Bank Al-Maghrib    Sultana Khaya sort du silence et dément toute «scission» avec le Polisario    Commerce extérieur : le Maroc accélère sa transformation numérique    Sénégal : Contrainte par la CAF, la FSF tente d'éteindre la polémique autour du maillot Puma à une étoile    Paradoxe des Lions : Regragui part sans titre, Ouahbi arrive déjà champion    Kyntus Morocco Branch : dans l'Oriental, 220 emplois créés, 400 visés d'ici 2028    Sultana Khaya rompe el silencio y desmiente cualquier «ruptura» con el Polisario    Ligue des champions CAF: L'AS FAR et Berkane appelées à renverser la vapeur    Gaz de Tendrara: Le commercialisation annoncée pour le troisième trimestre 2026    De la 2G à la 6G : une innovation chinoise réduit la consommation d'énergie et multiplie la vitesse des communications    Port Tanger-Med: mise en échec d'une tentative de trafic international de drogue et saisie de plus de 3,9 tonnes de chira    Aïd Al Fitr : Grâce Royale au profit de 1201 personnes    Ligue 1: Bilal Nadir de retour à l'entrainement avant le choc OM-Lille    La Banque mondiale s'apprête à valider un programme de 300 M$ pour renforcer la résilience financière du Maroc    Washington allège ses sanctions contre le pétrole iranien pour faire baisser les cours    Iran : Khamenei assure la stabilité du régime et la résistance économique    Le temps qu'il fera ce samedi 21 mars 2026    Pétrole: Les stocks stratégiques commencent à être mis sur le marché    Football féminin : la FIFA impose la présence d'entraîneuses sur les bancs    L'Afrique du Sud apporte son soutien juridique pour le Sénégal après la perte de son titre AFCON    Désintox : Le jury d'appel de la CAF était-il légitime pour juger le dossier Maroc-Sénégal ?    L'ambassadeur de France Christophe Lecourtier annonce son départ du Maroc    Perturbations météo: Suspension des liaisons maritimes entre Tarifa et Tanger ville    Un ex-ministre algérien accuse l'administration Trump d'exercer des pressions sur Alger et le Polisario    Rabat. SM le Roi, Amir Al-Mouminine, accomplit la prière de l'Aïd Al-Fitr à la mosquée "Ahl Fès" et reçoit les voeux en cette heureuse occasion    Tanger Med: Mise en échec d'une tentative de trafic de plus de 3,9 tonnes de chira    Averses orageuses et fortes rafales de vent ce vendredi dans plusieurs provinces    Did Morocco really walk off the pitch during an AFCON 1976 game?    Minor gives birth on the streets in Khenifra after hospital demands payment before care    Mort de Chuck Norris, légende du cinéma d'action    Théâtre : Ouverture des candidatures pour le soutien aux projets culturels et artistiques    Revue de presse ce vendredi 20 mars 2026    SM le Roi, Amir Al-Mouminine, accomplit la prière de l'Aïd Al Fitr à la mosquée "Ahl Fès" à Rabat    Le Roi Mohammed VI adresse des cartes de vœux aux Chefs d'État des pays islamiques à l'occasion de l'Aïd Al Fitr    Le Roi, Amir Al-Mouminine, accomplira vendredi la prière de l'Aïd Al Fitr à la mosquée "Ahl Fès" à Rabat    Aïd Al Fitr célébré vendredi au Maroc    Aïd Al Fitr : Grâce Royale au profit de 1201 personnes    «Porte Bagage» triomphe à Bergamo et consacre une nouvelle voix du cinéma marocain    Séisme d'Al Haouz : Aziz Akhannouch accélère la reconstruction    Produits du Sahara : Bruxelles précise le poids réel des exportations vers l'UE    Carte de l'artiste : les demandes déposées jusqu'au 31 décembre 2025 examinées    UNESCO : Medellín, en Colombie, désignée Capitale mondiale du livre 2027    FESMA 2026 : Lomé au cœur des saveurs africaines    Film : Rire, couple et quiproquos au cœur d'une comédie marocaine    Deux générations du gospel nigérian réunies dans un nouveau single    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Une grande inconnue
Publié dans La Gazette du Maroc le 20 - 12 - 2004


L'autisme
Erreurs de diagnostic, traitement inadapté : difficile de régler un problème dont on ignore l'existence. Pour les enfants autistes marocains, l'intégration sociale est encore bien loin. Pour leurs parents – dont plusieurs vivent sans savoir ce dont souffre leur enfant – chaque jour réserve de nouveaux défis.
“Ma fille a toujours eu des problèmes depuis la naissance”, confie la mère de la petite Hiba, 5 ans, tout en gardant un œil attentif sur la fillette qui gambade dans la cour de l'école. “À partir de quatre mois, j'ai remarqué qu'elle avait du retard au niveau de l'apprentissage; le diagnostic est venu à trois ans. J'avais alors contacté un médecin qui m'a fait entendre le mot ‘autisme' pour la première fois. Ce n'était pas facile”, se rappelle-t-elle. Pour la mère de Hiba, comme pour tous les parents d'enfants autistes, la maladie impose des changements majeurs aux habitudes de vie. “Ça nous oblige à nous isoler de la société”, avoue-t-elle. “Je ne peux plus faire ce que je faisais avant. Je passe la journée avec elle”. Et pourtant, la mère de Hiba a la chance de savoir ce dont souffre sa fille; ce n'est pas le cas de bien des parents.
Maladie inconnue
“Ici au Maroc, il y a une méconnaissance, voire une honte”, affirme Pascale Nejjar, responsable de l'antenne casablancaise de Léa pour Samy, une association qui œuvre – en France et au Maroc– pour assurer la prise en charge adéquate des enfants autistes. “Notre mission première est d'informer les familles et les professionnels”, explique-t-elle. Mme Nejjar souligne un flagrant manque de diagnostic des enfants autistes au Maroc. “Si on est chanceux et qu'on tombe sur un bon psychologue [il peut y avoir un diagnostic], mais c'est très rare”. Mme Amrani, la mère de Aya, aujourd'hui âgée de 11 ans, affirme l'avoir appris par hasard. “Ma fille n'est toujours pas diagnostiquée”, ajoute-t-elle. Dix mois après la naissance de sa fille, Mme Amrani remarque chez elle des problèmes moteurs et relationnels. “Je suis allée voir un pédiatre qui m'a dit qu'il fallait simplement respecter son rythme”. À 15 mois, la petite Aya est prise de crises d'épilepsie. Alarmée, Mme Amrani part en France pour soumettre sa fille à des examens. “On m'a dit qu'elle avait une encéphalite congénitale”. En se documentant, Mme Amrani finit par reconnaître chez sa fille les traits de l'autisme, ce qu'aucun professionnel de la santé n'avait pourtant suggéré jusque là – Aya est alors âgée de trois ans.
Traitement inadapté
Si les erreurs de diagnostic sont courantes quand on parle d'autisme, c'est en partie à cause des visages multiples de la maladie. “Ça va de l'enfant qui est complètement replié sur lui-même, isolé du monde, qui se mutile, jusqu'à des enfants qui paraissent normaux”, explique Mme Nejjar. Même lorsque l'enfant est déclaré autiste, le traitement est souvent inapproprié, ajoute-t-elle. “En France, le plus souvent on les traite pour un problème de psychose, alors qu'ils souffrent d'un problème sensoriel. Au Maroc, le terrain est encore relativement vierge, mais tous les experts sont formés en France”.
Déluge d'informations
L'enfant autiste souffre d'un problème au niveau de la structuration de l'information reçue par ses sens. Il est incapable de faire naturellement abstraction des informations périphériques pour se concentrer sur celles qui sont fondamentales. Par exemple, dans un endroit bruyant, l'enfant autiste accorde autant d'importance aux bruits environnants qu'à la voix d'une personne lui adressant la parole.
Il se trouve donc continuellement confronté à un véritable déluge de sons, d'images, d'odeurs, qui lui arrivent “en vrac” sans qu'il sache quoi en faire. “Si on laisse un autiste [seul] faire face à l'univers, avec la perception qu'on [lui] connaît, le terme angoisse ne suffit pas pour décrire ce qu'il ressent”, affirme Mme Nejjar. “De ce problème sensoriel découle un problème cognitif. Souvent ce sont des enfants qui ont des problèmes moteurs”. C'est le cas de Aya, pour qui l'autonomie demeure hors d'atteinte. “Il faut que je l'assiste dans tous ses gestes quotidiens”, confie sa mère. Aya ne peut ni aller aux toilettes, ni manger sans qu'on ne l'aide, un comportement qui rend son intégration sociale extrêmement difficile.
Le rêve de l'autonomie
“Les gens trouvent bizarres ses gestes, sa façon de s'exprimer, et la rejettent”, raconte Mme Amrani. “J'ai dû faire 10 écoles, et à chaque fois il faut que je recommence le parcours du combattant pour en trouver une qui l'accepte”. Lorsqu'elle accompagne Aya dans les endroits publics, Mme Amrani explique qu'elle doit sans cesse s'excuser de ses comportements auprès des gens. “On doit s'excuser une centaine de fois par jour”, confie-t-elle. “Il y a des regards assassins, des mots qui blessent”. Quand on n'insulte pas directement Aya, c'est sa mère qu'on injurie en la traitant de “mauvaise mère”. “Ce n'est pas de la pitié que je demande”, confie-t-elle, “c'est qu'elle soit traitée comme un être humain”. Mme Nejjar explique que, malgré un encadrement approprié, les personnes atteintes d'autisme ne seront jamais complètement autonomes. “Elles auront toujours besoin d'un guide”, affirme-t-elle. Toutefois, avec un travail soutenu entrepris dès le plus jeune âge, il est possible pour les autistes d'atteindre un certain niveau d'autonomie, mais encore faut-il que la société soit prête à leur faire une place.
2005 : année de l'autisme
Lors d'un séminaire national qui se déroulait à Rabat les 1er et 2 décembre courants, le secrétaire d'Etat chargé de la famille, de l'enfance et des personnes handicapées déclarait 2005 année de l'autisme. L'événement, organisé sous le thème “le dépistage précoce de l'autisme”, regroupait plusieurs spécialistes marocains et étrangers venus échanger leurs points de vue sur le sujet. Les spécialistes s'entendent pour dire que le Maroc accuse un certain retard au niveau du dépistage et de la prise en charge des enfants autistes, retard que les autorités se promettent de rattraper en contribuant à mieux faire connaître la maladie et en établissant des mesures pour assurer un suivi adéquat. Est notamment prévue la publication d'un guide répertoriant les associations et centres qui oeuvrent dans le domaine et qui permettra aux parents de trouver plus facilement l'aide appropriée. Le ministre de la Santé a aussi profité de l'occasion pour souligner les efforts mis en œuvre par son département au niveau de la formation de nouvelles générations de pédopsychiatres et de psychomotriciens plus aptes à diagnostiquer la pathologie.
Léa pour Samy, une approche différente
Preuve que l'autisme est une maladie encore méconnue, même les spécialistes ont du mal à s'entendre sur le traitement le mieux approprié. Selon qu'on s'adresse à des scientifiques nord américains ou européens, le son de cloche est différent. “En général on rencontre en France des psychiatres qui parlent de psychose”, explique Pascale Nejjar, responsable de l'antenne casablancaise de l'association Léa pour Samy. Les enfants autistes sont le plus souvent placés dans des établissements spécialisés, alors qu'en Amérique du nord, on s'accorde pour dire que ce dont ils ont besoin est un accompagnement adapté intégrant les milieux scolaire et familial. C'est sur cette philosophie que repose le projet éducatif mis en place par Léa pour Samy. Avec la collaboration d'écoles et d'ONG locales, l'association a déjà procédé à l'ouverture de deux classes spécialisées (à Fès et Agadir) et prévoit l'ouverture de deux classes additionnelles à Casablanca.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.