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Trois questions à Abdelfattah Ezzine (SOCIOLOGUE)

La Gazette du Maroc: comment un étranger, vivant au Maroc ou de passage, vit-il le Ramadan ?
Abdelfattah Ezzine : le Maroc a toujours été un pays de tolérance, la preuve est puisée dans notre histoire. “Histoire des Karawiine”, livre de Abdelhadi Tazi nous renvoie à l'époque où des étudiants étrangers partageaient le savoir avec les Marocains musulmans dans les mosquées à Marrakech ou à Fès. L'enceinte sacrée des mosquées était donc fréquentée par des non musulmans, sans offenser pour autant la religion. L'Islam encourage le savoir et la tolérance. Les débats ou polémiques sur les religions ou autres étaient sollicités dans un esprit d'échange et d'ouverture. Dans la vie au quotidien, les étrangers “nazaréens” avaient leur quartiers, leurs commerces et étaient respectés. Cette ouverture sur l'autre et sur le dialogue est encore ressentie, Aussi, admet-on la présence des étrangers. Ces derniers s'adaptent au climat, bien que des fois certaines personnes s'érigent en défenseurs de la foi.
On entend parler de plus en plus de personnes qui n'observent pas le Ramadan, existent-elles réellement?
Oui, les “non-jeûneurs” existent bien. On le sait à travers les dossiers traités en justice. Des personnes, “prises la main dans le sac”, ont été traduites en justice et ont écopé jusqu'à 6 mois de prison ferme. Mais ces dossiers relèvent de la jurisprudence, du code pénal et non d'une étude de la société.
Peut-on dresser un profil des “non-jeûneurs” ?
On ne peut dresser un profil ou un portrait robot d'un non jeûneur et ce, pour différentes raisons. Le manque d'études sociologiques sur les pratiques religieuses de la société marocaine en est la principale cause. Un sujet aussi délicat nécessite non seulement une recherche objective, mais notamment des moyens humains et financiers considérables. En outre le jeûne du Ramadan a été et reste une affaire personnelle, et privée dans le sens où il implique la foi personnelle de l'être. Il s'agit d'une relation intime avec Dieu que nul être ne peut contester. Un hadit kodsi dit : “toute œuvre de l'homme est pour lui (en sa faveur), à l'exception du jeûne, il est pour moi (Dieu) ”. Autrement dit, le jeûne, pilier fondamental de l'Islam, relève de l'intimité de la personne alors que les quatre autres piliers de l'Islam sont observables. C'est-à-dire qu'on peut les voir, les sentir et en juger : on peut dire que telle personne prie, qu'elle donne l'aumône, qu'elle a accompli le pèlerinage à La Mecque, mais peut-on prétendre que telle personne jeûne et que celle-là ne jeûne pas ? Non. Mis à part un examen scientifique gastrique et encore, puisque le jeûne comporte notamment les sens de l'homme.
Par conséquent, on ne peut dresser un profil du “non-jeûneur” sans études préalables, d'autant plus que le panel ou l'échantillon à étudier doit se prêter au jeu du voyeur sociologue. Chose difficile à réaliser vu l'intimité du sujet.
Aussi, ne peut-on s'aventurer à dresser un portrait robot général qui exacerbera le public et les médias sans servir de repère.


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