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Quand les privatisations dopent l’économie
Publié dans Finances news le 15 - 12 - 2005

La contribution des recettes de la privatisation au Budget général de l’Etat sur la période 1993-2003 a été en moyenne
de 5,8% des recettes ordinaires. Le processus de privatisation, depuis son lancement en 1993, a permis au Royaume
de drainer des investissements extérieurs particulièrement importants vers les secteurs industriels, financiers,
des télécommunications, du tourisme et de l’énergie..
Dès l’annonce du programme de privatisation en 1989 et son lancement effectif en 1993, trois temps forts ont marqué son histoire au Maroc.
De 1982 à 1992 : cette période a été marquée par la mise en place du cadre juridique et des structures avec la promulgation de la loi
n° 39-89.
La seconde phase est celle pendant laquelle les succès importaient énormément pour la poursuite du programme. Ce programme a en effet débuté avec la privatisation de la Soder (Société des dérivés du sucre) avant d’atteindre sa vitesse de croisière avec 13 privatisations par an.
La troisième phase est celle de la maturation du programme et la privatisation des monopoles.
Comme l’a annoncé
Mustapha Kassi, chargé des structures opérationnelles II et de la privatisation, «la réussite du programme de privatisation a encouragé le gouvernement à le prolonger avec l’inscription périodique de nouvelles entreprises privatisables».
L’enjeu, en fait, consiste à s’appuyer sur un vaste projet de libéralisation du champ économique et l’abolissement graduel des monopoles, même si ceux-ci sont le fait de l’État. C’est en fait le cas des secteurs du tabac et des télécommunications.
Des retombées relativement satisfaisantes
Selon les responsables, la privatisation s’est traduite par une nette augmentation des résultats des entreprises concernées qui ont été multipliés par 5. Hormis l’impact de la privatisation sur l’entreprise en question, il est à noter que d’autres bénéfices d’ordre macroéconomique sont à relever.
Sur le plan des finances publiques, la contribution des recettes de la privatisation au Budget général de l’Etat sur la période 1993-2003 a été en moyenne de 5,8% des recettes ordinaires (hors privatisations), avec des pics de 24,5% en 2001 et 13,8% en 2003.
Les secteurs touchés par la privatisation ont été aussi le champ d’actions préalables de restructurations pour la préparation des entreprises à la libre concurrence.
La privatisation va de pair avec le démantèlement des monopoles et l’ouverture du marché à de nouveaux opérateurs.
Les démonopolisations les plus significatives ont concerné les secteurs financiers, des télécommunications, du tabac et du pétrole.
Sur le plan des investissements directs étrangers (IDE), le processus de privatisation, depuis son lancement en 1993, a permis au Royaume de drainer des investissements extérieurs particulièrement importants vers les secteurs industriels, financiers, des télécommunications, du tourisme et de l’énergie.
Cette évolution remarquable a permis au Maroc de passer en 2003 du 4ème au 1er rang parmi les pays arabes destinataires d’IDE. Sur le continent africain, le Maroc s’est positionné au 3ème rang.
Les privatisations ont incontestablement raffermi l’intérêt que portent les investisseurs étrangers à l’économie marocaine, puisque leur rapport a atteint 63 milliards de dirhams à fin septembre 2005.
La répartition sectorielle de ces investissements montre que les télécommunications ont attiré la part la plus importante des recettes, essentiellement durant la période 2001-2005, avec un volume d’investissement cumulé représentant environ 65% des IDE. L’industrie a été affranchie avec un volume important, comme en témoigne le nombre d’opérations de privatisation réalisées : SONASID (sidérurgie), CIOR (ciment) et la Régie des tabacs qui a représenté à elle seule 77% des IDE drainés par ce secteur en 2003. Le secteur financier a connu sur la période 1994-1997 des opérations de privatisation importantes qui ont concerné des institutions bancaires telles que BMCE Bank et des sociétés holding (SNI) qui ont drainé 55% des IDE. Le secteur des services a connu un important flux d’IDE grâce à la privatisation d’entreprises hôtelières et de transport, comme les hôtels Dunes d’Or et Malabata qui ont été cédés à des groupes internationaux. Le secteur de l’énergie, des mines et du pétrole, avec des opérations telles que celles portant sur la Samir et la Société Chérifienne des Pétroles (SCP), a attiré 29% du total des IDE durant la période 1996-1998.
Ainsi, sur les 70 unités privatisées, 20 sociétés et 6 hôtels ont été totalement ou partiellement cédés à des investisseurs étrangers, représentant 82% de la recette globale de la privatisation.
Des groupes étrangers de renom ont investi dans les opérations de privatisation, notamment Vivendi Universal, Altadis, Holderbank, Dragofina, Corral, Renault, Total, Fram…
Dans le même sens, des investisseurs connus des places financières internationales ont pris des participations dans ces opérations (Samba Finance, Morgan Stanley, Fonds Koweitien, Banque Pictet, Framlington Maghreb Fund, BNP-Paribas et Merrill
Lynch…).
Quid du marché financier ?
Le processus de privatisation a contribué à redynamiser la Bourse de Casablanca. La privatisation se veut comme un facteur de relance de la place casablancaise. Depuis 1989, année coïncidant avec la première privatisation par le marché, la capitalisation boursière a été multipliée par 48, passant de 5 milliards de DH à 240 milliards de DH en septembre 2005.
La capitalisation boursière des sociétés privatisées, en septembre 2005, représente 53% de la capitalisation de la Bourse de Casablanca. On remarque ainsi une forte corrélation entre l’amélioration des indicateurs boursiers et le rythme des privatisations.
A noter que 16% des recettes de la privatisation ont été réalisés par des opérations de cession en Bourse. Ces introductions ont amélioré la liquidité et la profondeur du marché financier, créant des conditions attrayantes pour les investisseurs et favorisant le développement de professions et d’activités nouvelles (banques d’affaires, OPCVM, sociétés de Bourse…).
Sur le plan du renforcement de l’actionnariat populaire, la participation du public et des salariés aux opérations de privatisation, notamment celles faisant l’objet d’appel public à l’épargne, sont aussi un motif de fierté. Les privatisations suscitent toujours l’engouement du public qui sur-souscrit plusieurs fois les titres mis en vente.
La privatisation est assurément un des mécanismes de modernisation durable de l’économie. Elle permet ainsi à l’Etat de se concentrer sur les secteurs les plus stratégiques.
Le portefeuille actuel de l’Etat englobe des entreprises et établissements opérant dans divers secteurs de l’économie : l’extraction et la valorisation des phosphates, la production et la distribution d’électricité, le traitement et la distribution d’eau potable, la construction, les transports, les services de la poste et les services financiers.
C’est dire l’important potentiel de privatisations qui reste à engager.
Toutefois, bien que les répercussions paraissent a priori alléchantes, il n’en demeure pas moins que les retombées n’ont pas été au rendez-vous comme le prétendent certains responsables. Si on prend le taux de croissance économique actuel, on remarque nettement qu’il est fortement dépendant des aléas climatiques et sujet aux fluctuations internationales. A côté de son insuffisance à assurer un rythme important de création d’emplois, il demeure très volatile. Pis encore, l’Initiative nationale de développement humain est un signe avant-coureur que le social reste le parent pauvre de la politique économique nationale.


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