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Entretien : «Nous sommes surbookés de manière permanente»
Publié dans Finances news le 20 - 05 - 2010

* Une course de solidarité au profit de l’Association marocaine de soutien et d’aide aux handicapés mentaux a eu lieu dernièrement à Rabat, à l’initiative de groupes scolaires de la capitale.
* Cette manifestation annuelle voit la participation notamment des enfants des écoles de Rabat, des enfants trisomiques dont l’Association a la charge et de plusieurs vedettes du monde des sports, de la culture et des arts.
* L’un des objectifs de l’Association est l’orientation, la prise en charge et la rééducation des personnes atteintes de la trisomie 21.
* Najib Amor, président de l’AMSHAM, revient sur cet événement annuel.
- Finances News Hebdo : Dans quel cadre s’inscrit cet événement « Je cours pour l’AMSHAM » ?
- Najib Amor : Le point de départ de cet événement est l’initiative d’une école proche de l’Association qui a décidé d’organiser avec nous un événement annuel qui consiste à faire rencontrer des gens normaux avec les trisomiques dont nous nous occupons. C’est une rencontre qui a un but d’abord de solidarité et, en même temps, c’est une reconnaissance d’un problème qui existe et qu’il faut prendre en charge. De même, cette rencontre a permis la rencontre des enfants des écoles avec les enfants trisomiques. Cela constitue pour eux un réel enrichissement et cela leur donne aussi une dimension humaine supplémentaire. C’est le but de cet événement qui s’inscrit dans une série d’actions que mène notre Association. Parce qu’il y a un travail mené sur le terrain, la prise en charge des enfants trisomiques en bas âge, de leur naissance jusqu’à leur insertion professionnelle ; c’est un itinéraire que nous proposons et durant lequel nous accompagnons les familles avec leurs enfants dans leurs projets. Notre but est l’intégration sociale de ces enfants, en leur octroyant autonomie et formation professionnelle.
Et à travers ce travail avec l’enfant, nous essayons de permettre à la famille de se reconstruire. Car l’arrivée d’un enfant trisomique dans une famille est un réel choc.
- F. N. H. : L’Association va se doter bientôt d’un nouveau centre d’accueil et de prise en charge des enfants. Avez-vous rencontré des difficultés de financement à ce sujet et aussi pour d’autres projets ? La société marocaine est-elle assez engagée dans la vie associative ?
- N. A. : L’Association existe depuis 25 ans, ce qui revient à dire que pendant tout ce temps nous avons trouvé des fonds. Malgré cela, nous sommes toujours dans une situation de précarité. C’est-à-dire que pour l’instant, malgré les projets en cours par l’intermédiaire de notre président d’honneur, SAR le prince Moulay Rachid et bien que nous ayons des financements sur six mois à un an, nous peinons à trouver un financement pérenne.
Notre objectif est d’arriver à avoir un type de financement qui nous permette d’assurer la pérennité de notre action, et cela n’est pas un problème spécifique à l’AMSHAM mais à toutes les autres associations.
Notons, à juste tire, que l’Etat nous aide beaucoup de même que l’INDH, par exemple, qui est intervenue à hauteur de 90 % dans la réalisation du nouveau centre.
Nous avons également des sociétés citoyennes et des sponsors qui nous permettent de fonctionner et de mener à bien nos actions. Mais tout cela reste précaire.
- F. N. H. : En plus du problème du financement, quasiment toutes les associations se plaignent de ne pas avoir les capacités nécessaires pour répondre aux demandes des citoyens. Est-ce que c’est le cas aussi avec l’AMSHAM ?
- N. A. : Excusez-moi cette expression, mais on est surbooké de manière permanente. Et c’est dramatique de ne pas pouvoir répondre aux demandes des gens. Nous avons actuellement quelque 300 enfants qui sont pris en charge. Certes, nous essayons de répondre au maximum de personnes et de trouver des solutions ne serait-ce que partielles à des gens que nous ne pouvons pas prendre de manière permanente ; mais c’est difficile d’aller au-delà de ses capacités.
Et même si on ne peut pas accueillir tout le monde, il nous arrive de dispenser des formations aux parents pour qu’ils puissent s’occuper de leurs enfants.
- F. N. H. : Justement, quelles sont les ressources humaines dont dispose l’Association pour mener à bien ses actions ?
- N. A. : Dans le centre d’accueil de l’Association, nous avons des psychologues qui vont accompagner les parents d’enfants trisomiques dans la première phase qui est une phase très difficile, puisqu’il il faut reconstruire le foyer. Ces psychologues accompagnent également les enfants. Après la phase où les parents apprennent le diagnostic, il faut les amener à l’acceptation du handicap, il faut passer à des choses concrètes. Ces enfants manquent généralement de tonicité, donc il faut leur faire des séances de rééducation et de psychomotricité. Quelques fois, ils ont aussi un problème de langage d’où la nécessité d’une prise en charge orthophonique. Ils peuvent également souffrir de problèmes digestifs, on doit alors faire appel à la médecine générale.
Parallèlement à cela, l’Association mène des actions dans l’objectif d’assurer à ces trisomiques une intégration sociale. Cela commence d’abord par une intégration scolaire. C’est pourquoi nous les plaçons dans des écoles mais non sans aller voir les instituteurs et discuter avec eux sur la manière de faire. Nous n’allons pas chercher ces valeurs véhiculées par la société de consommation, c’est-à-dire la performance, ni à en faire des pilotes de ligne. Mais petit à petit, nous faisons d’eux des personnes humaines et autonomes. Ces enfants sont adorés par leurs parents et ils sont acceptés tels qu’ils sont.
- F. N. H. : Comment se fait la réinsertion professionnelle des enfants trisomiques ? Est-ce que les entreprises marocaines sont enclines à les accueillir ?
- N. A. : Je pense qu’il faudrait légiférer dans ce domaine. C’est-à-dire établir des quotas d’emplois à accorder à des personnes en situation de handicap, ce qui favoriserait une meilleure insertion professionnelle de ces enfants puisque ces derniers arrivent à accomplir un certain nombre de tâches.
Au sein de notre Association, nous avons construit un atelier-cuisine pour former les enfants trisomiques parce que nous avons constaté qu’en Europe, par exemple, on arrive à former ces jeunes pour faire de la restauration avec encadrement. C’est une initiation qui me paraît louable.
Pour revenir à votre question, nous constatons que certaines personnes apportent spontanément leur aide. À ce titre, nous avons eu dans certains quartiers, des menuisiers qui ont pris des trisomiques pour les aider. Il reste beaucoup de choses à faire dans ce domaine. Ce n’est que le début !


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