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Entretien : «L’Union ne doit pas être otage du politique»
Publié dans Finances news le 16 - 07 - 2009

* Il faut chercher de nouvelles approches qui permettent de réunir des pays qui partagent les mêmes valeurs et qui sont décidés à aller loin.
* On ne décide pas de faire des échanges par décret ou par voie diplomatique. Le commerce se fait à travers des partenariats.
* Un instrument est nécessaire pour mettre de l’ordre dans nos priorités. Il faut aussi mettre de l’ordre dans nos moyens d’action et pour aider davantage à financer ces immenses projets.
l Tour d’horizon avec Hassan Abouyoub, ambassadeur itinérant.
w Finances News Hebdo : Est-ce que vous pensez que l’UPM est réalisable dans les conditions actuelles, notamment avec les conflits politiques et la crise économique ?
w Hassan Abouyoub : Si on continue à dire que les préalables politiques bloquent la Méditerranée, on reste dans la logique du projet méditerranéen depuis son origine, c’est-à-dire depuis 1972. Je pense qu’il est temps de changer de méthode sans évacuer les questions politiques car elles sont très essentielles. Changer de méthode, à mon avis, c’est trouver de nouvelles approches qui permettent de réunir des pays qui partagent les mêmes valeurs et qui sont décidés à aller loin.
On a un système à plusieurs vitesses et la seule solution est de répondre, même partiellement, aux défis monstrueux qu’affronte cette région du monde.
Je dois rappeler que c’est la région du monde qui a les résultats économiques les mois bons, comparés à ceux de l’Asie ou de l’Amérique latine. C’est aussi la région du monde qui doit créer le plus grand nombre d’emplois dans une période assez restreinte : 40 millions d’emplois dans les prochaines années. C’est la région du monde où le différentiel de développement entre le Nord et le Sud est le plus important. Tout cela pour vous dire qu’on ne peut pas continuer à être otage du politique et ne pas avancer dans la réalisation des défis de l’avenir et dans les aspirations des pays et des peuples de la Méditerranée.
w F. N. H. : L’économie marocaine reste essentiellement liée à l’Europe alors qu’il y a des opportunités à saisir dans les autres régions de la Méditerranée. N’y a-t-il pas d’opérations de promotion de la diplomatie économique marocaine pour trouver de nouveaux débouchés ou nouer de nouveaux partenariats ?
w H. A. : Pour parler franchement et directement, on ne décide pas de faire des échanges par décret ou par voie diplomatique. Pour que le commerce existe, il faut deux partenaires. Par exemple, un partenaire grec et un partenaire marocain. Et on ne peut pas faire autrement…
w F. N. H. : Mais la diplomatie peut jouer un rôle d’accompagnement…
w H. A. : Il faut préciser que ce qui manque certainement, c’est l’éducation de l’entrepreneur, quel qu’il soit : grec, italien ou marocain. L’Algérie et la Tunisie sont aussi concernées par la diversification des débouchés à l’intérieur de la Méditerranée et aux échanges interméditerranéens. Il faut donc changer de méthode et éduquer davantage nos chefs d’entreprise à trouver ailleurs des débouchés traditionnels, des sources traditionnelles ou d’importation de matériel de provenance traditionnelle, mais ça viendra naturellement.
S’il y a un effort à faire, il se fera autant chez les exportateurs potentiels que chez les importateurs potentiels parce qu’aujourd’hui, dans la plupart des grand secteurs, nous sommes plutôt importateurs de technologie qu’exportateurs.
La balle est plutôt chez les futurs fournisseurs. En ce qui nous concerne, nous autres au Sud, nous devons travailler davantage. Nous le savons, au sein d’un projet qui est le Maghreb, on attend qu’il se concrétise. Plus on attend, plus les opportunités à saisir se réduisent alors qu’avec un projet global, la liaison Nord-Sud deviendra systématique pour ne pas dire naturelle.
w F. N. H. : Quelles sont alors les priorités à traiter pour baliser la voie à la concrétisation de l’UPM ?
w H. A. : Nous avons besoin d’urgence d’un instrument financier et économique pour viabiliser et lancer certains projets de grande envergure pour la région.
Il faut évaluer la pertinence des options qui ont été prises en matière de priorité d’action. Se demander si elles répondent bien à la création d’emplois et aux défis de l’économie mondiale; car, aujourd’hui, nous sommes face à une nouvelle donne, un nouveau tournant créé par cette crise mondiale. Un instrument est nécessaire pour mettre de l’ordre dans nos priorités. Il faut aussi mettre de l’ordre dans nos moyens d’action pour aider davantage à financer ces immenses projets.


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