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Biocarburant : La Fédération de l’énergie dit niet !
Publié dans Finances news le 29 - 05 - 2008

* L’OCP dispose déjà de trois champs d’expérimentation de moins de 25 ha pour la culture d’une dizaine de variétés de la Jatropha.
* Stokvis Nord Afrique, via sa filiale CM2D, a signé un protocole d’accord avec la FADIA pour la réalisation d’un projet intégré englobant la culture du sorgho, la création d’une usine de fabrication de pâte à papier et l’installation d’une unité de production de gaz méthane par biomasse.
* La Fédération de l’énergie est foncièrement opposée à de pareilles expériences.
Pays non producteur de pétrole et très dépendant des importations de produits énergétiques, le Maroc a, depuis quelques années, déployé d’importants efforts pour diversifier son panier énergétique, réduire sa dépendance et s’inscrire dans une démarche d’efficacité énergétique. D’ailleurs le pays envisage, à l’horizon 2012, de réduire sa facture énergétique de 15 % grâce aux différentes actions développées dans le cadre du plan quinquennal du ministère de l’Energie.
Mais, une nouvelle voie vient de s’ouvrir pour le pays : le biocarburant ! En retard peut-être sur d’autres pays comme le Brésil ou autre, mais il est heureux de constater que le Maroc a tiré les enseignements des expériences précédentes en optant pour des variétés peu consommatrices d’eau.
Parler du Maroc serait trop dire. Il s’agit en fait de deux essais lancés respectivement par l’Office Chérifien des Phosphates (OCP) et la Compagnie Marocaine de Développement Durable (CM2D), filiale de Stokvis Nord Afrique.
Pour cette dernière, l’expérience est à son démarrage. «Dans le but de développer les activités de CM2D, nous avons signé un protocole d’accord avec la FADIA (Fondation internationale pour l’aide au développement agroalimentaire) pour la réalisation d’un projet intégré englobant la culture du sorgho, la création d’une usine de fabrication de pâte à papier et l’installation d’une unité de production de gaz méthane par biomasse. Ce gaz pourra être utilisé comme biocarburant», explique Chakib Ben El Khadir, Administrateur Directeur Général de Stokvis Nord Afrique.
Pour le cas de l’OCP, deux impératifs motivent les expérimentations que mène l’Office concernant le biocarburant. D’abord, des économies d’énergie qui impliquent inéluctablement le deuxième impératif qu’est une meilleure protection de l’environnement, explique Saïd Mouline, Directeur conseiller du Directeur général
L’OCP a démarré l’expérimentation dans sa pépinière de Khouribga et dans deux autres plantations réhabilitées à Benguerir et à Jorf Lasfar, avec une dizaine de variétés de la Jatropha. Cette plante à graine est originaire d’Amérique Centrale et ces graines contiennent jusqu’à 37 % d’huile. Une huile qui peut être utilisée, à l’état brut, en tant que biodiesel pour des moteurs diesel et qui peut, une fois raffinée, servir à des utilisations plus spécialisées. Ainsi, pour un litre de carburant, il faut compter 5 kilos de graines.
L’expérience de l’OCP a depuis son lancement, suscité la curiosité et l’intérêt des investisseurs étrangers. «L’expérimentation est menée sur d’anciennes carrières de l’OCP réhabilitées; la plante n’est pas consommatrice d’eau et peut pousser dans des terrains arides», souligne Saïd Mouline.
Pour le Sorgho, qui est une plante annuelle, elle a comme caractéristique son faible besoin en eau. «En effet, il s’agit d’une plante qui peut être cultivée dans des zones semi-arides ne nécessitant pas d’irrigation. La culture du Sorgho ne remplacera pas les cultures vivrières et n’occupera pas les terres destinées à la production alimentaire», assure Chakib Ben El Khadir.
«Le Sorgho a pour avantage d’offrir des rendements meilleurs que d’autres plantes (maïs…). Nous pouvons aller jusqu’à 7.000 m3 de méthane par hectare. Ce biogaz peut être utilisé pour le chauffage, la production de l’électricité propre ou encore de l’énergie mécanique. Il peut donc être utilisé comme carburant pour voitures», avance l’Administrateur Directeur général de Stokvis Nord Afrique.
Ce genre d’installation peut, par exemple, permettre à une coopérative d’atteindre l’autosuffisance en matière de production d’énergie.
La culture du Sorgho permettra à des centaines de propriétaires de terres non exploitées d'accéder à un revenu régulier et ils pourront bénéficier d’une énergie propre et pas chère.
En effet, il est important de souligner que les deux plantes ne sont pas consommatrices d’eau et ne remplaceront pas les cultures vivrières. Surtout au vu de la récente crise alimentaire qui avait remis en cause les expériences de biocarburant à base de canne à sucre ou de maïs.
Mais pour le Maroc, il faut attendre entre 3 et 5 ans avant de voir du carburant vert dans nos réservoirs. D’abord, parce que les pionniers en la matière sont à leur stade d’essai, mais également, comme le souligne Saïd Mouline, il est primordial de créer un cadre réglementaire et fiscal pour transformer l’essai.
Moulay Abdallah Alaoui,
foncièrement contre !
Malgré les arguments avancés par l’OCP et Stokvis Nord Afrique sur le fait que la Jatropha et le Sorgho sont cultivables sur des sols arides puisque ce sont des plantes qui ne consomment pas beaucoup d’eau, Moulay Abdallah Alaoui, Président de la Fédération de l’Energie reste foncièrement opposé à ces expériences car, pour lui, l’objectif prioritaire pour le Maroc est de nourrir sa population et non pas les voitures. «Il ne faut pas se lancer dans ces aventures où l’on sacrifie les terres pour le carburant. Il existe au Maroc beaucoup de terres arables dont il suffit de diversifier les cultures. Je ne peux donc cautionner ces velléités et appelle à ce que l’on applique l’excellent Plan vert du ministre de l’Agriculture !», explique Moulay Abdallah Alaoui.
Le Président de la Fédération de l’énergie argumente sa réticence par l’impact qu’a produit le biocarburant dans le monde : «La production du biocarburant ne constitue pas une protection de l’environnement, puisque des forêts entières ont été détruites pour le produire». Il estime que le développement du biocarburant consomme de grandes quantités d’énergie, d’eau et utilise des terres arables. De même que sa production provoque une réduction de la production alimentaire et une hausse des prix des denrées dans le monde entier.
Au delà de cet aspect, Moulay Abdallah Alaoui estime qu’il est important d’éviter de perturber les mécanismes du marché. D’ailleurs, pour lui, aucun produit ne peut être viabilisé à long terme s’il va à l’encontre du marché.
Il poursuit son propos en prônant que le soleil est la meilleure énergie renouvelable puisqu’il est abondant, gratuit et disponible. «Ces énergies renouvelables sont plus que suffisantes pour répondre aux besoins croissants du monde pour le reste du siècle», conclut-il.


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