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Préservation des Oasis : «La coordination est un facteur clé de réussite»
Publié dans Finances news le 14 - 03 - 2013

● Le changement climatique aura de lourdes conséquences sur les écosystèmes et la biodiversité ● Brahim Jaafar, Coordonnateur national du Projet adaptation aux changements climatiques pour des oasis résilientes du ministère de l'Energie, des Mines et de l'Environnement, département de l'Environnement & PNUD-Maroc, revient sur les avancées enregistrées en matière de préservation et de réhabilitation des oasis marocaines.
Finances News Hebdo : Tout d'abord comment les changements climatiques affectent-ils les oasis marocaines ?
Brahim Jaafar : Les projections de la Direction de la météorologie nationale réalisées dans le cadre du Projet adaptation au changement climatique pour des Oasis résilientes, prévoient un réchauffement moyen saisonnier et annuel de l'ordre de 1 à 2.2oC entre 2030 et 2050.
Le changement climatique attendu dans les zones oasiennes aux horizons 2030-2050 conduira donc à une hausse des températures et à une modification des régimes des pluies. Ce qui contribuera à augmenter les pressions sur les ressources.
Ceci aura pour conséquences : une nette diminution des disponibilités en eau, une augmentation des besoins en eau agricole et une dégradation des écosystèmes et de la biodiversité. Dès lors, on observera une baisse notable de productivité de tous les secteurs socio-économiques, accompagnée d'une pression croissante sur les ressources naturelles.
Le changement climatique se traduira aussi par des réductions de rendements agricoles de l'ordre de 10 à 15%, pour l'ensemble des provinces oasiennes et une demande complémentaire en eau élevée dépassant les 100 mm/m2 pour certaines cultures.
Avec le changement climatique, le seuil de pénurie sera atteint à l'horizon 2030 (WSI40%).
La croissance démographique entraînera une augmentation du nombre de ménages qui engendrera des besoins importants en logements. Le nombre de logements additionnels par rapport à 2004 sera supérieur à 135.000 en 2030 et supérieur à 175.000 en 2050.
F. N. H. : Quelle stratégie le Maroc a-t-il adoptée pour la préservation et la réhabilitation des oasis?
B. J. : Le Maroc a, depuis 2004, élaboré une stratégie d'aménagement et de développement des oasis qui, à travers un diagnostic exhaustif et participatif, a fixé les orientations stratégiques plausibles pour la réhabilitation des espaces oasiens.
Depuis, plusieurs programmes spécifiques et contrats-programmes ont vu le jour. On cite le Programme des oasis de Tafilalet (géré par la Direction de l'aménagement de territoire et le PNUD), le Programme des oasis du Sud (géré par le PNUD et l'Agence du Sud), le Programme des oasis de l'Oriental (mené par le PNUD et l'Agence de l'Oriental), le Programme de développement des oasis de Tata (mené par le MAPM1/DPA2 de Tata et la CTB3) .
Ces programmes ont créé une vraie dynamique de développement territorial des oasis. Ils ont mobilisé des fonds et des partenariats avec les institutions et les collectivités territoriales. Des centaines de projets intégrés ont été mis en œuvre.
A ceci s'ajoutent les projets structurants pilotés par les différentes institutions nationales et régionales (tels les ORMVA, les DPA, les Agences de bassins hydrauliques, l'Equipement, le Tourisme et les autres institutions).
Par ailleurs, d'autres projets communautaires sont mis en œuvre à travers l'Initiative nationale du développement humain et à travers le MCA4.
Tous ces efforts sont couronnés par la mise en place d'une Agence nationale des oasis et de l'arganier. Celle-ci, en capitalisant les différentes initiatives citées précédemment, coordonnera et pilotera un développement durable et intégré des zones des oasis du Maroc.
F. N. H. : Quelles sont les avancées qui ont été enregistrées dans ce sens ?
B. J. : Concernant l'adaptation au changement climatique au niveau des oasis, le ministère de l'Energie, des Mines et de l'Environnement (Département de l'environnement), en collaboration avec le PNUD et le gouvernement japonais, a réalisé un projet de l'adaptation au changement climatique pour des oasis résilientes.
Le projet AAP-Maroc sur les oasis a développé l'analyse de la vulnérabilité et les risques climatiques en tant que porte d'entrée et d'appréhension de l'impact du changement climatique sur ces espaces.
Le diagnostic réalisé a révélé des déficits sur les zones oasiennes en matière de prévention des risques.
Ces déficits concernent l'absence de prise en compte des risques dans les documents de planification, le manque de définition des responsabilités des acteurs dans la gestion des risques climatiques, les faibles connaissances sur les aléas, les enjeux et les vulnérabilités et l'inexistence de documents d'information préventive dans ces zones.
L'analyse systémique de la vulnérabilité des oasis du Maroc et l'élaboration des scénarios climatiques futurs a dégagé les éléments clefs devant être intégrés dans les documents de la planification territoriale. Ceci, afin de mieux faire face au changement climatique.
Dans ce contexte, les partenaires institutionnels au projet AAP ont mis l'accent sur l'amélioration de l'observation et les systèmes d'alerte contre les risques climatiques, l'intégration de la problématique du changement climatique dans la planification territoriale et l'amélioration des connaissances.
Le Projet adaptation-oasis en collaboration avec la Direction de la météorologie nationale (DMN), a mis en place 10 stations climatiques automatiques, renforçant ainsi le dispositif d'alertes contre les risques climatiques. Ce réseau est renfoncé par un programme actuel de la DMN (VIGIOBS) comptant 22 stations, réparties sur 8 provinces de la région des oasis.
Concernant le renforcement de la planification territoriale, le projet a accompagné quatre collectivités locales qui ont opéré une révision de leur plan communal de développement en y intégrant la gestion des risques et les mesures d'adaptation au changement climatique.
En collaboration avec les deux Agences du bassin hydraulique et l'Office de la mise en valeur agricole du Tafilalet, des actions ont été menées dans le domaine de la planification des ressources en eau à grande échelle (échelle communale ou sous-bassin oasien), dans le développement d'une large concertation avec tous les usagers de la ressource qui aboutira à une charte oasienne de l'eau.
Cet effort est accompagné par la mise en œuvre de projet modèle dans la recharge de la nappe et de valorisation de l'eau dans le domaine de l'agriculture.
F. N. H. : Quels sont les enjeux de la préservation des oasis aujourd'hui ?
B. J. : Elle ne se fera que par les Oasiens. On peut résumer ses enjeux en quelques mots : le renforcement de la gouvernance, le renforcement des capacités des jeunes et l'autonomisation des femmes sont des préalables pour un développement des oasis. La nouvelle Constitution a placé les jalons pour les aspects précités.
Un autre enjeu primordial est la protection des ressources en eau et la création des richesses en exploitant, d'une manière rationnelle, les potentialités naturelles et patrimoniales dont jouissent les oasis.
Le développement et la protection des oasis doivent être opérés d'une manière cohérente en assurant les synergies nécessaires entre les politiques sectorielles et les différents programmes et projets de développement.
Les acteurs de développement doivent être conscients de l'importance de cette coordination si on veut avoir les effets et les impacts des efforts déployés et si on veut rationaliser les ressources financières dédiées aux oasis. ■
1 - Ministère de l'Agriculture et de la Pêche Maritime
2 - Directions Provinciales de l'Agriculture
3 - L'Agence Belge de Développement
4 - Millennium Challenge Account
Propos recueillis par Lamiae Boumahrou
Politique climatique : des opportunités de financements innovants
Le cinquième résultat du AAP concerne l'investigation pour des options de financement pour couvrir les coûts d'adaptation nationale.
Une Conférence nationale sur les opportunités de financement de la politique climatique au Maroc a été organisée, durant laquelle un état des lieux de la finance climat et opportunités pour le Maroc et les mécanismes d'accès au financement ont été présentés.
Pratiquement, le Projet adaptation oasis a initié un projet de type Partenariat Public Privé (PPP) pour la promotion des énergies renouvelables et efficacité énergétique au niveau de la commune rurale de Fezna, que le conseil communal a adoptée. Il concerne l'éclairage de 4 km de voie par le solaire et le remplacement de 200 lampes classiques par les LED. Une deuxième partie de la même dimension sera réalisée à travers le même principe, mais sans l'apport du Projet adaptation oasis.
Les économies sur la facture énergétique de la commune de Fezna seront versées à des projets de développement et d'adaptation.


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