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Les aires protégées du Maroc
Publié dans Finances news le 24 - 03 - 2005

Par son extrême diversité écologique, le Maroc se situe parmi les pays méditerranéens les plus originaux, sans égal sur le plan de la biodiversité. La conservation de cette biodiversité constitue certainement l’un des objectifs majeurs à atteindre pour non seulement préserver la nature et la diversité des espèces vivantes, mais surtout assurer l’équilibre de la vie humaine et celui des systèmes écologiques.
L’équilibre ainsi recherché est actuellement qualifié par la communauté internationale de «développement durable». Au Maroc, la conservation de la biodiversité remonte au début du siècle dernier où un important arsenal juridique a été mis en place concernant la conservation et l’exploitation des forêts, la pêche dans les eaux continentales, la police de la chasse ou les parcs nationaux.
Cependant, malgré ces dispositifs réglementaires, l’état des lieux actuel permet de constater que les écosystèmes ne sont pas égaux devant l’ampleur de la pression anthropique qui induit des évolutions déséquilibrées.
Face à cette situation, le Maroc décide de reconstruire sa politique forestière sur de nouvelles bases. Dans ce sens, le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification a la charge de plusieurs missions.
Elles concernent l’élaboration et la mise en œuvre de la politique gouvernementale relative aux domaines de la conservation, du développement durable des ressources forestières, alfatières et sylvopastorales dans les terrains soumis au régime forestier.
Impliquer la population
Le concept de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) a défini l’aire protégée comme «une région, ou une section de région, de terre ou de mer vouée spécialement à la conservation et au maintien de la diversité biologique, ainsi que les ressources naturelles et culturelles qui lui sont associées».
Une autre catégorie d’aires protégées a récemment pris naissance, à savoir la réserve de biosphère. Elle englobe les écosystèmes terrestres et côtiers. Ce type de réserves constitue un modèle de laboratoire vivant servant d’étude et de démonstration de la gestion intégrée des terres, de l’eau et de la biodiversité.
La gestion des aires protégées, qui relève des compétences du Haut Commissariat des Eaux et Forêt et à la Lutte contre la Désertification, consiste en la mise en œuvre d’un ensemble d’actions conduisant à la protection et à la conservation des ressources naturelles.
La gestion des aires protégées au niveau national a connu récemment un élan remarquable. Plusieurs conventions de partenariat national et international ont été conclues pour la cogestion des ressources naturelles.
Le programme national de petits dons du projet GEF de gestion des aires protégées en est l’illustration. Il s’agit d’un nouveau concept mis en place avec l’implication directe de la population locale dans le but d’identifier les facteurs de dégradation de l’environnement et la sensibilisation à l’exploitation rationnelle des ressources naturelles.
Au niveau international, le Maroc a adhéré au mouvement mondial de protection de l’environnement naturel en ratifiant les plus importantes conventions relatives à la conservation de la nature et de la biodiversité.
Ce mouvement a induit une large coopération qui s’est traduite par plusieurs projets contribuant à la mise en œuvre de la stratégie nationale des aires protégées. À citer comme exemple, le projet d’aménagement et de protection des massifs forestiers de la province d’Ifrane ou celui de la conservation des écosystèmes des zones humides côtières de la région méditerranéenne. L’ensemble de ces conventions signées par le Maroc offre une plate-forme pour une gestion appropriée permettant la conservation des valeurs biologiques, écologiques, paysagères et culturelles des aires protégées.
Dans ce sens, une actualisation des dispositions législatives et réglementaires en vigueur dans notre pays s’impose pour permettre la mise en œuvre des engagements pris à l’égard de ces conventions.
C’est ce que le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification a entrepris à travers l’actualisation du dahir du 21 juillet 1923 sur la police de la chasse. D’autres projet de loi sont en cours concernant les aires protégées et le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction.
Une stratégie nationale pour les aires protégées
Suite au Sommet de la Terre tenu à Rio en 1992, le département des Eaux et Forêts et de la Lutte contre la Désertification a élaboré en 1996 un plan directeur des aires protégées. Ce plan a permis non seulement de faire l’état des lieux, mais aussi de procéder à l’harmonisation des actions de conservation de la nature et du développement local.
Afin de protéger ce patrimoine national, le Royaume du Maroc a identifié un réseau d’aires protégées constitué de 10 parcs nationaux et 146 réserves qui englobent des écosystèmes uniques et représentatifs de la diversité biologique du pays.
Le Plan directeur des aires protégées a permis également de disposer d’un fonds documentaire couvrant 154 sites d’intérêts biologique et écologique (SIBE) formant le réseau national d’aires protégées.
En effet, ce réseau s’étend sur l’ensemble des 22 secteurs biogéographiques du Maroc, où les plus fortes concentrations se situent au sein des zones de montagne et du littoral avec des pics pour le Moyen Atlas, le Gharb, la Maâmora, le Moyen Sebou et le Rif. Le taux d’espèces rares y atteint près de 60%.
D’autre part, ledit plan a permis la classification des sites selon la priorité d’intervention, basée essentiellement sur le niveau de dégradation des ressources naturelles. À cet effet, il a identifié trois priorités qui doivent être parcourues d’ici l’an 2020.
Le classement en aire protégée d’un espace abritant une biodiversité spécifique ne peut garantir à lui seul la conservation efficace de ses valeurs. Même si elle n’est plus synonyme d’interdiction de l’accès à ses ressources, sa gestion intègre dorénavant la notion d’utilisation concertée et maîtrisée par les usagers.
Il est donc établi que la responsabilité de protéger les sites à haute valeur biologique n’est pas uniquement du ressort des pouvoirs publics. Elle revient aussi aux populations qui bénéficient de ces espaces ainsi qu’à la société civile au sens large.
Cependant, si cette implication est limitée dans l’espace, elle n’est pas, non plus, prolongée dans le temps. De ce fait, une implication continue et pérenne s’impose.
Ce principe naissant, appelé «gouvernance», a été longuement examiné lors du dernier congrès sur les aires protégées tenu à Amban, en septembre 2003. Les congressistes ont mis en exergue l’importance d’étudier en profondeur cette notion en mettant l’accent sur l’enjeu qu’elle représente pour le développement local durable.
Cette forme de gestion est définie comme un mécanisme des interactions entre les structures, les processus et les traditions qui déterminent les structures du pouvoir.
En d’autres termes, «la gouvernance» est un processus dans lequel peuvent s’engager plusieurs acteurs distincts des institutions gouvernementales.
Ainsi, sommes-nous interpellés, plus que jamais, à apprécier à sa juste valeur l’enjeu que représente la conservation de notre biodiversité et son influence sur l’économie, pour le bien-être présent et futur des générations.


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