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Covid-19, faut-il croire qu'il est une arme biologique ?
Publié dans EcoActu le 23 - 03 - 2020

Aux menaces terroristes qui persistaient dans certains pays du monde vient de s'ajouter celle de l'épidémie qui fait rage : c'est le virus Covid-19 qui s'est propagé en Chine, puis dans d'autres pays du globe. Ce virus proviendrait-il d'un laboratoire américain ou chinois situé à Wuhan ? Faut-il croire que le virus Covid-19, serait une arme biologique parfaite ou une bioarme expérimentale qui a mal tourné, entraînant la maladie ou la mort d'un grand nombre d'êtres humains ?
Ces soupçons, ou allégations complotistes, très partagés sur les réseaux sociaux, auraient été confirmés par le professeur Francis Boyle, expert américain en armes biologiques, qui prétendait que les Etats-Unis sont à l'origine de la propagation de ce virus en Chine pour ainsi freiner la croissance économique de l'Empire du Milieu et limiter l'influence de ses multinationales. D'après lui, la Chine a payé un laboratoire BSL-4 dédié à la guerre bactériologique aux Etats-Unis pour transporter ce coronavirus modifié du SRAS au laboratoire militaire de Wuhan pour encore le modifier génétiquement pour obtenir l'actuel coronavirus (Covid-19).
Pas seulement, ce professeur américain en droit international qui accuse les Etats-Unis, mais aussi le porte-parole du Ministère Chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, quand il a écrit, sur son compte Twitter, que l'armée américaine aurait introduit le coronavirus dans la ville chinoise de Wuhan, depuis laquelle le virus s'est mis à se propager en Chine puis dans un grand nombre de pays.
En réalité, il est très difficile de croire à ces rumeurs en absence de fondements scientifiques, ou de preuves confirmées. L'idée que le virus aurait été créé par des scientifiques a été formellement démentie par le Professeur Richard Ebright, chercheur en biologie chimique à l'université de Rutgers, le Professeur Olivier Schwartz, directeur scientifique de l'Institut Pasteur en France et le professeur Yves Gaudin, directeur de recherche au CNRS et responsable à l'Institut de biologie intégrative de la cellule de l'Université Paris-Saclay. Tous ont confirmé que les brevets mentionnés dans les différents articles ou vidéos ne concernent pas l'actuel Covid-19, mais d'autres virus de type coronavirus, par exemple le Sras-CoV apparu en 2002 en Chine.
En effet, quelque soit les thèses de complot ou les fake news autour du Covid-19, l'hypothèse des guerres biologiques que va connaître le monde dans l'avenir n'est pas exclue des recherches des spécialistes en sciences politiques et droit international. Si on revient au passé, l'humanité connut des événements historiques horribles. Je cite quelques uns :
En 1763, le colonel anglais Bouquet, commandant des forces en Pennsylvanie, a employé la variole pour lutter contre les Indiens d'Amérique du Nord, en leur faisant distribuer des couvertures infectées de virus de variole. Ce virus qui a fait de nombreux ravages dans l'histoire.
En 1915, pendant la première guerre mondiale, l'Allemagne fut accusée d'utiliser le choléra en Italie.
En 1929, l'URSS ouvrit un centre de recherche sur les armes biologiques au nord de la mer Caspienne. En 1931, l'armée japonaise créa en Mandchourie trois centres spécialisés en guerre biologique.
De 1940 à 1944, l'aviation japonaise répandit la peste sur 11 villes de Chine en larguant des bombes à fragmentation ou en porcelaine remplies de bacilles, en lâchant des puces infectées, en même temps que du riz pour attirer les rongeurs.
En 1941-1942, durant la seconde guerre mondiale, la Grande-Bretagne expérimenta sur l'Ile de Gruinard, au nord-ouest de l'Ecosse, des dispositifs de dispersion de Bacillus anthraci.s. L'anthrax est une bactérie mortelle qui ne possède aucun vaccin.
En 1952, pendant la guerre de Corée, les Américains ont été accusés d'avoir répandu le choléra et des insectes infectés par la peste.
En 1981, le rapport Haig dénonçait l'utilisation par les soviétiques et leurs alliés, de mycotoxines, « les pluies jaunes », pendant les campagnes du Laos, du Cambodge et d'Afghanistan.
Mais, ce qui est plus dangereux dans notre monde contemporain est le bioterrorisme. Après les menaces terroristes pesant sur le monde depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, le terrorisme a pris en effet un nouveau visage après la mort, le 5 octobre de la même année, du photographe américain Robert Stevens, première victime du bioterrorisme pour avoir ouvert une lettre renfermant des spores d'une souche de bacille du charbon (Anthrax).
A vrai dire, les armes biologiques seront pour les terroristes, les armes du 21ème siècle. Car, la diffusion de germes pathogènes déclenchant des maladies mortelles est plus facile à obtenir et ne requiert pas d'importants moyens techniques et est accessible aux terroristes, notamment du fait de leur faible coût et de leur facilité d'emploi par rapport aux armes nucléaires.
C'est pourquoi, dans le cadre de la lute contre l'épidémie Covid-19, les autorités israéliennes ont utilisé, dernièrement, certains moyens numériques pour lutter contre le terrorisme. Ces technologies, qui reposent en grande partie sur des données provenant de téléphones portables, ont été principalement utilisées par le service de sécurité du Shin Bet dans des opérations de lutte contre le terrorisme. Le Shin Bet aide les autorités à suivre les parcours empruntés par les porteurs confirmés de la maladie afin de retrouver les personnes qu'ils auraient pu avoir infectées.
Il est certain que les armes biologiques, armes de terreur, représentent une menace plus réelle et insidieuse que celle du nucléaire. Elles ont d'abord le pouvoir de désorganiser le monde, du fait de la panique qu'elles peuvent engendrer sur les populations. Ainsi leurs conséquences destructrices et leurs dégâts psychologiques et sociaux qui seront considérables.
Enfin, même si ces armes de destruction massive sont totalement interdites par le droit international ; surtout la Convention sur les armes biologiques ou à toxines (CABT), signé le 10 avril 1972 et entrée en vigueur en 1975, les ennemis de l'humanité pourraient les utiliser du fait de leur facilité et leur difficile traçabilité. De plus, ladite Convention n'interdit pas la recherche militaire et les activités à des fins de protection, c'est-à-dire les préparatifs militaires destinés à se protéger en cas d'agression biologique. Les laboratoires de l'armée risquent donc de profiter de cette faille juridique pour concevoir de nouveaux agents biologiques dans le cadre de la défense légitime. Donc, le monde reste toujours en danger.
Par Khalid Cherkaoui Semmouni,
Directeur du Centre de Rabat pour les Etudes Politiques et Stratégiques


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