Pour élargir les perspectives de coopération... Des entretiens réunissent Ryad Mezzour et l'ambassadrice de Chine à Rabat    Ministère de la Justice : La création d'une agence nationale de gestion des avoirs saisis dans le pipe    Ksar El Kébir : vidée de sa population, la ville se transforme en cité fantôme    L'ACAPS accompagne le secteur des assurances dans le renforcement de son dispositif LBC/FT    Retour des irréguliers : Nuñez attend une "amorce" de réponse d'Alger    Le transfert de Youssef En-Nesyri à Al-Ittihad tombe à l'eau    Real Madrid : Newcastle entre dans la course pour Brahim Diaz    Arabie saoudite : Karim Benzema s'engage avec Al-Hilal après avoir quitté Al-Ittihad    Mortalité des motocyclistes : La Cour des comptes pointe l'échec de la stratégie nationale    Le secteur des « Services », premier pourvoyeur de l'emploi en 2025    Approvisionnement suffisant des marchés en produits de base à l'approche du mois de Ramadan    Croissance- commerce extérieur : ce qu'il faut retenir à l'aube de 2026    Maroc : plus de 100.700 entreprises créées à fin novembre    Le Maroc suspend le projet de terminal GNL de Nador West Med    L'ONMT doublement récompensé en Espagne    Erreurs de gestion : La Cour des comptes appelle à éviter les interprétations abusives    Donald Trump annonce un accord commercial avec l'Inde    Ramadan 2026 au Maroc : Début prévu le 19 février selon les astronomes    SpaceX avale xAI et propulse l'empire Musk à 1 250 milliards de dollars    Coopération navale Maroc–France : une frégate FREMM française fait escale à Tanger Ville    Le Commandant de l'US AFRICOM souligne l'excellence de la coopération militaire avec le Maroc    Concurrence et marchés numériques : Quand les médias deviennent des acteurs clés    Inondations : un décret sur la sécurité des barrages sur la table du gouvernement    La Cour des comptes appelle à l'adoption d'une stratégie immobilière nationale pour attirer les investissements et les compétences    Finale de la CAN 2025: le Maroc fait appel des décisions de la CAF    Ligue 1: L'attaquant marocain Yassir Zabiri signe à Rennes jusqu'en 2029    Ayyoub Bouaddi, cap sur les Lions de l'Atlas et le rêve mondial    La FRMF défie la CAF et annonce un appel contre les sanctions    Reconnaissance Royale. 139 cadres de la DGST décorés lors d'une cérémonie présidée par Abdellatif Hammouchi    La Chine enregistre une baisse de plus de 33 % des affaires liées à la drogue en 2025    Tétouan: Mobilisation intense face aux perturbations météorologiques prévues mercredi    Rwanda : L'innovation en santé se renforce    Intempéries : le ministère de l'Equipement appelle les usagers de la route à la vigilance    Samsung renforce son partenariat éducatif avec le Maroc    Météo : Jusqu'à 150 mm de pluies attendus à Tétouan et Chefchaouen    Températures prévues pour mercredi 04 février 2026    Trois nouvelles installations à découvrir au MACAAL    Casamémoire : un nouveau bureau et des ambitions renforcées    Fela Kuti, premier Africain honoré aux Grammy    En pleine progression, Abdellah Ouazane brille face à Willem II    Web Summit Qatar 2026 : Doha au cœur de l'innovation mondiale    Ammor : La feuille de route sur le tourisme a démontré son efficacité    Audi Maroc dévoile le nouveau Q3 et accueille l'exposition IN-Discipline Brésil    Téhéran convoque les ambassadeurs européens    Grammy Awards 2026 : Bad Bunny et Kendrick Lamar entrent dans l'histoire ... Voici le palmarès    Tanger : les nouveaux locaux de l'Institut français inaugurés    Culture : le Musée de la photographie passe dans le giron de la FNM    "Melania" entre en 3e place du box-office nord-américain    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Analyse : Presse et raison d'Etat : Existe-t-il réellement une véritable liberté de presse ?
Publié dans Albayane le 16 - 05 - 2011

Les Etats membres de l'Union Européenne (UE) sont pris individuellement et collectivement, par les intellectuels maghrébins, comme exemple en matière de liberté de presse pour l'enracinement des traditions démocratiques au vieux continent, le haut niveau éducatif des populations et l'impartialité de la justice. Cependant, l'exercice quotidien de la profession journalistique révèle la persistance au sein de la société européenne de pratiques peu éthiques et parfois immorales. Il est souvent difficile, pour un intellectuel de la rive sud de la Méditerranée de critiquer les comportements des hommes politiques et entrepreneurs de la rive nord de cette mer intérieure pour la simple raison d'appartenir à des sociétés peu développées et où le droit d'expression est le plus souvent muselé.
Dans ce contexte, il est utile de s'appuyer sur une conférence prononcée par Mercedes Arancibia, donnée jeudi au siège des Institutions Européennes en Espagne à l'occasion de la journée sur « les droits de l'homme pour la citoyenneté » par la Fédération des associations de défense et la promotion des droits humains. Arancibia, une militante pour le droit d'expression, est la seule femme qui avait dirigé un journal en Espagne, Liberacion, en 1972 sous le régime franquiste et fut détenue pour son courage de dénoncer la tyrannie de la dictature alors agonisante.
Affaiblie au plan planétaire, l'UE continue en outre d'être une des rares parties du monde où la presse peut exercer dans des conditions encore acceptables. Cependant, il est indispensable de combattre la perte d'influence des médias sur les actes des Etats et gouvernements. D'abord, le parlement européen, a démontré ses limites en refusant, lors d'une session plénière et pour un seul vote, d'aborder la situation de la liberté de presse en Italie, où depuis 1994 se maintient le conflit d'intérêts du président du Conseil, Silvio Berlusconi, qui est en même temps propriétaire d'une grande partie des moyens de communication privés du pays et exerce son influence sur les médias publics, spécialement les chaînes TV de la RAI. Les limitations du Parlement européen sont tributaires, bien entendu, de sa propre composition politique, de manière qu'il est difficile d'adopter des propositions allant dans le sens de réprimande ou de sanctions, par exemple, des pays qui violent la liberté de presse puisque cette institution est formée de deux groupes idéologiques incompatibles (gauche - droite). Le poids de chacune des deux parties se note particulièrement dans la prise de décisions par les gouvernements qui changent selon le verdict des urnes dans les pays membres de l'UE.
La liberté d'expression est protégée par l'Article 10 de la Convention Européenne. Cet article a été l'objet de nombreuses critiques devant le Tribunal Européen des Droits de l'Homme qui encourage le libre flux d'informations et d'idées pour limiter le pouvoir des Etats pour restreindre la liberté d'expression particulièrement en ce qui concerne le domaine de la presse et la liberté d'expression politique, la diffamation, l'intimité, la sécurité nationale et les manifestations.
Cependant, certains avis du tribunal ont été largement critiqués pour être favorables à la protection du droit à la liberté d'expression. Sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme et au nom de la sécurité nationale, surgissent à chaque fois au sein de l'UE plus de projets de loi destinés à « organiser l'équilibre informatif ». La plus récente démarche dans ce sens est venue du côté de la Hongrie. Le 21 décembre dernier, à quelques jours d'assumer la présidence de l'UE, les institutions hongroises avaient adopté une loi de presse qui contemple la création d'un Conseil des Moyens de Communication chargé de contrôler et de prononcer de hautes peines d'amendes pour des contenus considérés « non équilibrés politiquement » ou pour « violer la dignité humaine » ainsi que des offenses à la religion et à la nation. En repassant cette loi, le lecteur se rend compte de l'absence de frontière en matière de presse entre un pays écrasé par une dictature militaire et un Etat de l'UE. En Autriche, des tentatives ont été menées pour le contrôle de l'exercice journalistique sur la Télévision Publique ORF et les journaux. Le gouvernement de Vienne compte adopter des mesures similaires à celles appliquées en Hongrie mais en fin de compte le ministre de la justice a fait marche arrière.
Il est donc apparent que ladite justice politique qui paraissait normale à l'époque des républiques soviétiques, commence à s'installer dans les usages en UE. Berlusconi ne cesse d'exercer son influence pour empêcher les magistrats de combattre la corruption et qu'il soit exempt de toute accusation parce qu'il a « des obligations institutionnelles ». En France, plusieurs proches de Nicolas Sarkozy ont réussi à acquérir de grands journaux de la presse quotidienne. De même, la religion catholique a repris son rôle d'avant-garde en Europe en imposant, par exemple, l'introduction dans la législation irlandaise du délit de blasphème. Il s'agit d'un « recul de plusieurs siècles », a commenté un porte-parole de l'ONG Reporters Sans frontières. En Roumanie, le législateur a introduit un nouvel élément qui fait la différence entre « bonnes » et « mauvaises » informations dans l'objectif de contrôler le contenu de tout ce qui s'écrit dans les médias. Selon le projet de loi, adopté il y a deux ans par le Sénat roumain, les stations radio et les chaînes de télévision du pays doivent respecter la parité dans l'élaboration de leurs télé-journaux selon « une identique quantité d'informations négatives et positives ». Ce type de loi, qualifiée d ‘ailleurs d' “absurde” par l'ONG Reportes Sans Frontières, est une violation du droit fondamental de toute société à donner et recevoir une information « sans intromission des pouvoirs publics » et une « ingérence inadmissible dans la liberté d'édition des rédactions qui ont le devoir et le droit de décider et d'élaborer l'information qu'elles veulent donner à chaque moment ».
Cet ensemble d'entorses a incité, le 3 mai, les journalistes européens, à l'occasion de la Journée internationale de la Liberté de Presse, à s'insurger contre les graves menaces contre la liberté de presse qui couvent au cœur même de l'Europe et qui portent la même couleur que dans le reste de la planète. Le cas de la Hongrie (contrôle politique sur les journalistes), de l'Italie (l'empire médiatique et publicitaire de Berlusconi), de Roumanie (stratégie de sécurité), sont suffisamment édifiants. Souvent, la protection des sources n'est pas totalement assurée alors que des journalistes sont amenés à exercer dans des conditions de plus en plus précaires ce qui finalement porte atteinte à l'objectivité. C'est le cas de l'Espagne où la presse est affectée par la crise économique dans les mêmes proportions que les autres secteurs.
Paraphrasant le président de la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ), Arne Köning, le devoir des journalistes, en tant que gardiens de la démocratie, leur attribue la faculté de demander aux autorités de leurs pays d'assumer leurs responsabilités à l'heure d'appliquer les normes de la liberté de presse comme un droit fondamental. Ceci est valable aussi bien en Allemagne, en France qu'au Maroc et dans la plupart des pays.
En Espagne, la Fédération des Associations de la Presse (FAPE), a lancé une campagne, intitulée « Sans question, pas de couverture » en signe de protestation contre la nouvelle mode suivie par les politiques espagnols d'organiser des pseudo-conférences de presse durant lesquelles est donnée lecture à un communiqué sans donner la possibilité d'un tour de questions. Durant les campagnes électorales, il s'instaure un « Etat d'exception informatif », déplore la FAPE.
Au moment où le monde célèbre chaque année, le 3 mai, la journée internationale de la liberté de presse, il est édifiant de citer Voltaire qui disait, lors d'une séance de l'Académie Française (selon des références historiques bien ou mal fondées) que « je suis totalement contre ce que vous dîtes mais je suis prêt à sacrifier ma vie pour que vous continuez à le dire ». Cette citation, tirée d'une biographie (vraie ou inventée) du philosophe et encyclopédiste français du 18ème siècle, mérite d'être évoquée trois siècles plus tard, puisqu'au fond elle s'adapte parfaitement à notre époque dans le dessein de défendre la liberté d'expression, et, comme un exercice d'honnêteté démocratique des citoyens et institutions qui aspirent à réaliser, accepter et assumer.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.