« Le Parlement est composé de deux Chambres, la Chambre des Représentants et la Chambre des Conseillers. Leurs membres tiennent leur mandat de la Nation. Leur droit de vote est personnel et ne peut être délégué. L'opposition est une composante essentielle des deux Chambres. Elle participe aux fonctions de législation et de contrôle telles que prévues, notamment dans le présent titre ». De cet article 60 de la Constitution, les deux chambres tirent une légitimité qui ne souffre aucune ambiguïté.Les présidents des deux Chambres du parlement sont détenteurs du pouvoir parlementaire tandis que les vices présidents sont actifs sur le terrain de la législation. Leurs missions respectives, outre le contrôle de l'action gouvernementale et, dans une certaine mesure celui de la première par la seconde, épousent un large profil. Elles débattent, légifèrent et assument le rôle de représentativité nationale à double détente, bicéphale comme l'on dit. Le Parlement incarne le pouvoir législatif, certes. Mais sa mission ne s'arrête nullement à cette fonction essentielle de contrôle du gouvernement, qui est le principe même de la démocratie parlementaire. L'évolution politique nationale aidant, il s'adapte de plus en plus à de nouvelles réalités et à cette autre exigence qui est d'être une institution de défense du modèle démocratique du Maroc, de son unité, de son intégrité territoriale et des valeurs qu'il porte. Jusqu'ici, l'énoncé d'une telle mission avait un goût d'arbitraire, autrement dit, celle-ci s'arrête là où l'a confinée le législateur. Mais, en dehors de la définition si limpide et même scrupuleuse, n'y a-t-il pas une autre dimension ? La présidence de la Chambre des représentants Du point de vue constitutionnel et même protocolaire, le président de la Chambre des représentants est le deuxième personnage cité après le chef de l'Etat, donc après le roi. Ce n'est pas une clause de style, mais la répartition du pouvoir ayant constamment fonctionné sous ce mode, il est évident qu'aujourd'hui le Maroc s'inscrit dans l'exceptionnalité. Les deux présidents des deux chambres ne sont pas issus du parti sorti majoritaire des élections législatives du 25 novembre 2011. La première chambre a, certes, procédé à l'élection de son président en la personne de Karim Ghellab, membre de l'Istiqlal, deuxième formation de la coalition gouvernementale. C'est d'autant plus significatif qu'il est r are de voir un gouvernement à dominante islamique ne pas bénéficier, à travers la présidence de la Chambre des représentants notamment, d'une maîtrise complète et irrévocable du système de pouvoir. Jusqu'ici, et notamment depuis mars 1998, lorsque la Koutla ne formait qu'un seul pôle que le vent du changement portait le nom de « la gauche » ensuite, le président de la Chambre des représentants, s'il n'était pas issu directement du parti majoritaire, représentait au moins le pôle . Un certain Abdelouahed Radi représentait un pôle, celui de la Koutla, qui, en dépit de profondes divergences masquées, s'articulait sur un socle de programme commun. Aujourd'hui , le président de la Chambre des représentants est seulement issu de l'un des partis de la coalition gouvernementale qui n'est ni un pôle, ni une force commune , mais à la limite une volonté déclaré de travailler et gérer ensemble le Maroc inédit issu du scrutin du 25 novembre dernier. Ce n'est pas là une contradiction constitutionnelle majeure au sens traditionnel du terme. C'est une parade, une sorte de subterfuge au complexe champ politique qui caractérise le Maroc. Exceptée la Loi de finances, adoptée tardivement eu égard à un calendrier chargé, ou certaines problématiques courantes, nous n'avons pas encore assisté à un débat parlementaire majeur, qui engage les enjeux de la nation pour nous révéler à la fois la difficulté et la procédure nouvelle qui en sortira. On assiste cependant à une sorte de rajeunissement de la Chambre des représentants – en attendant l'émergence de la nouvelle chambre des Conseillers, guettée de partout, ainsi qu'à son mode de fonctionnement. Karim Ghellab ne préside pas seulement les débats magistraux, du haut de son perchoir, il a décidé d'imprégner l'institution parlementaire d'une autre aura, décontractée, désacralisée en quelque sorte. Un «pontiste» au perchoir L'ingénieur de l'Ecole nationale des ponts et chaussées de Paris, le « pontiste » comme on dit, qui a troqué son costume de technicien contre celui de l'arbitre et modérateur institutionnel se veut un parlementaire moderne, il fait de l'ouverture un critère, et délègue aussi , beaucoup même dans l'exercice de gestion de son institution. Le président de la Chambre des représentants voyage et inaugure un style de diplomatie parallèle, qui est au Maroc d'aujourd'hui ce qu'un rayonnement supplémentaire, non moins significatif, est à sa stratégie globale. Le parlement procède du peuple, comme le stipule l'article 60 de la Constitution, et Karim Ghellab met bien à profit cette disposition pour justifier sa vocation de représentant et défenseur d'une certaine idée du Maroc. Non qu'il passe au-dessus ou transcende l'action du gouvernement, mais donne à celui-ci un soutien complémentaire. L'affaire du Sahara , en l'occurrence, est une affaire du peuple marocain , elle doit être défendue au niveau des autres peuples du monde, il n'y a pas d'autres enceintes que les instances populaires, incarnées évidemment par les institutions parlementaires. Si le président de la Chambre des représentants se découvre également une vocation de « diplomate parlementaire », et l'assume sans complexe comme il en donne l'air, c'est qu'il a compris que son rôle n'est pas de jouer uniquement l'arbitre de débats fastidieux, de veiller seulement au difficile consensus, de dynamiser les Commissions nombreuses, mais aussi de renforcer la présence du Royaume dans le concert des institutions internationales similaires. Il lui arrive de ne pas présider les séances des questions orales, au grand dam de l'opposition et à la stupéfaction de certains députés, mais il n'a pas l'air de déserter la scène, parce qu'il esquisse à grands traits la mission de président de la Chambre des représentants un peu comme un « domaine primo parlementaire », c'est-à-dire de partage des rôles où il est le concepteur essentiel, et même le détenteur du pouvoir parlementaire tandis que les vices président sont actifs sur le terrain de la législation. Il reste que le pays, en attendant le nouveau visage de la deuxième chambre, marche dans les pas d'une réforme à dimensions et vitesses différentes, engagé dans le consensus, les graves crises n'arrivant pas encore sur le perron du Parlement.... * Tweet * * *